malurette: (maria)
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Série : Criminel
Titre : Quelques questions
Auteur : [personal profile] malurette
Base : LastMan
Personnages : Howard McKenzie, le chef de la police en plus jeune, des OCs, et...
Genre : moche
Gradation : PG-13 / T
Légalité : propriété de Balak, Vivès, Périn, etc ; je ne cherche ni à tirer profit ni à manquer de respect

Continuité/Spoil éventuel : pré-série/épisodes 17 & 25
Fork : l'éclat de miroir tenu horizontalement
Nombre de mots : 2750

***

L’odeur caractéristique de désinfectant industriel flottait dans l’air. Tout était flou. Son seul contact solide avec le monde c’était ce lit avec sur le côté des barreaux chromés et des draps rêches. On l’avait obligé à se déshabiller pour passer une chemise d’examen alors que c’était juste sa main qui était blessée. Ils partirent du principe qu’il est droitier et posèrent la voie intraveineuse dans le bras gauche, et attachèrent le bracelet d’identification là aussi. Ou simplement pour des raisons de praticité, puisque le côté droit était abîmé ?

Howard dérivait. Entre la fatigue émotionnelle, la fatigue physique, l’heure tardive, la perte de sang, les calmants qu’on lui avait administrés malgré ses protestations, il n’était plus capable de grand’ chose.
Dave n’était plus là. Il espérait qu’au moins, il était en sécurité ailleurs, lui, le Livre et la liste.

Quand on vint le réveiller, il crut d’abord que c’était pour l’emmener au bloc opératoire.
Non, la voix était nettement moins aimable que ce dont il se serait attendu de la part de personnel soignant.
« Howard McKenzie, vous êtes en état d’arrestation pour le meurtre de Charles Vales. »
Quelqu’un coupa son bracelet d’identification et retira le cathéter de son bras gauche. Des menottes se refermèrent sur ses deux poignets.

« Mais vous ne pouvez pas ! protesta une infirmière. Il a encore besoin de soins.
- Est-ce qu’il est en danger de mort immédiate ?
- N-non. L’hémorragie est stoppée, on attend de trouver un chirurgien orthopédique et un créneau de bloc opératoire, mais…
- Alors on l’embarque. Pour interrogatoire. Ça ne sera pas long et s’il n’a rien à se reprocher on vous le renverra très vite.
- Il n’est pas en état de subir un interrogatoire, s’insurgea-t-elle. Il est encore sous calmants, et épuisé.
- Parfait, comme ça il sera incapable de mentir ! On nous interdit les sérums de vérité mais personne ne pourra nous reprocher ça, » se moqua un des policiers. »

Dave arriva juste derrière.
« C’est pas moi qui les ai prévenus. C’est tes voisins. Mais bon dieu, Howard…
- C’est pas moi. Je veux dire, c’est pas ma faute. C’est. C’est.
- Pas le type sur le parking, des fois ?
- Si. Non. Enfin… C’est compliqué.
- Bon dieu, Howard ! »
Il ne trouvait pas les mots pour se justifier. Dave l’interrompit, de toute façon.
« N’en dis pas plus. »

Il imaginait la scène. Il ne se rappelait que trop bien ce qu’il a laissé là-bas derrière lui en partant – il n’avait pas pris la peine de ranger ; de toute façon, avec sa main dominante blessée, il aurait eu bien du mal. Et Dave au milieu de tout ça… mais ses réactions lui échappaient. Il n’avait jamais bien su les prévoir. Il le connaissait pourtant mieux que n’importe qui, mais ça…

-

Ils l’embarquèrent en chemise d’hôpital, ses affaires étant confisquées comme possibles pièces à conviction. Au poste de police, ils lui donnèrent un uniforme de prison, et retirèrent les bandages de sa main de la même façon qu’on lui aurait confisqué sa ceinture et ses lacets autrement : pour éviter qu’il se pende avec. C’était le règlement. Ils ne laissèrent qu’un pansement basique complètement insuffisant directement sur la paume, puisque ça au moins n’avait rien de dangereux en soi.

Sa blessure à la main compliquait beaucoup de choses, dont sa capacité à tenir le panonceau avec son numéro d’arrêt pour la photographie judiciaire. Deux de ses doigts ne lui obéissant plus, il menaçait sans cesse de lui glisser des mains ; en réaction, ceux qui restaient d’à peu près fonctionnels durent fournir un effort supplémentaire pour compenser, se crispèrent, et aggravèrent les douleurs à travers sa main entière.
Prendre ses empreintes digitales, alors qu’il avait tant de mal à bouger les doigts, requit l’assistance – brutale – du type qui lui saisit le poignet et les appliqua avec trop de force sur le tampon encreur puis la fiche.

On le boucla dans une cellule minuscule. Les détenus n’avaient pas besoin de plus, après tout. Une couchette étroite, d’une propreté douteuse. Des toilettes métalliques sans abattant, d’une malpropreté certaine. Menotté les mains devant lui plutôt que derrière, au besoin, il pourrait se débrouiller en restant debout. S’il avait besoin de s’asseoir en revanche, il faudrait d’abord demander l’autorisation et l’aide du gardien.
Une impression de fraîcheur désagréable et d’humidité persistantes imprégnaient l’endroit. C’en devenait pénible. Il n’arrêtait pas de frissonner, et le métal des menottes mordait dans la chair nue de ses poignets.

Ils faisaient traîner les choses. L’accès à un avocat, la décision d’une relâche conditionnelle et le montant d’une caution ? Ça s’éternisait. Il n’avait aucune intention de s’enfuir, n’imaginait pas devoir se présenter devant un tribunal. Enfin il fallait bien qu’il fasse quelque chose pour les Roitelets descendus sur Paxtown, et puis, à côté, qu’il retourne en cours lundi matin.
Est-ce que Dave pourrait l’aider ? Si on lui demandait de prêter de l’argent contre sa libération ? Sur le principe bien sûr. Mais avait-il les fonds nécessaires ? Après des années de dèche, ils pouvaient enfin se permettre de mieux vivre et même de commencer à mettre peu à peu quelques économies de côté. Et s’il venait de décrocher un contrat… il n’était pas encore payé. Il ne pouvait pas se permettre de demander une avance tout de suite à cause de son imbécile de frère.
Une pointe de culpabilité le traversa à cette pensée. Et une autre, de douleur physique, en réponse à son frémissement involontaire.

-
Si les urgences étaient un endroit affreux, le commissariat central en pleine nuit était tout cela en pire encore. Il y vécut une redite en nettement moins aimable de la plupart des questions déjà posées plus tôt à l’hôpital. La nouveauté, c’est qu’au lieu de le cuisiner sur sa main, il fut question du cadavre d’un jeune homme découvert dans son appartement. On l’avait d’ores et déjà identifié comme Charles Vales ; Howard confirma son identité… au passé.
En ce qui le concernait, ça n’était déjà plus lui.

Que les médicaments fassent office de sérum de vérité ou pas, Howard était effectivement incapable de mentir. Et s’il refusait de répondre et se taisait, ils insistaient lourdement, méchamment. Ils le secouaient. Ils n’avaient en théorie pas le droit de le frapper, mais ça ne les empêchait pas de se montrer menaçants. Il avait reçu bien assez de coups comme ça par le passé pour tressaillir automatiquement quand un poing se levait dans son champ de vision.

« Ça n’était plus Charles. Il m’a attaqué, je voulais juste le repousser.
- Quel genre d’attaque ? »
Il n’arrivait pas à répondre à ça : il ne pouvait pas dire franchement,
En lançant des éclairs, en commandant à la foudre qui lui est tombée dessus pendant le rituel.
Il était incapable de mettre des mots sur ce qu’il avait vu, sur sa terreur quand Charles avait tenté de le tuer, quand la chose qui avait pris la place de Charles s’est avancée vers lui, sur la façon dont son monde s’est déchiré.
« Il m’a projeté contre le mur. J’ai heurté le miroir. Ensuite, j’avais les éclats sous la main. Alors quand il s’est avancé – je savais qu’il voulait me tuer – c’était déjà dans ma main quand je l’ai levée pour me protéger, c’est rentré tout seul.
- Vous vous êtes disputés ? Quel genre de relation entreteniez-vous ?
- C’était un camarade de classe, un partenaire de projet… un ami. Non, nous n’avons pas eu de dispute. Charles me croyait, lui. On aurait pu réaliser ça ensemble. Si seulement… Il était comme devenu fou.
- Et vous, vous étiez comme devenu fou aussi quand vous l’avez poignardé ?
- N-non.
- Vous étiez pleine possession de vos moyens et vous l’avez égorgé en toute conscience, alors.
- Non ! Je ne voulais pas. C’était un accident.
- Reconnaissez-vous lui avoir porté ce coup mortel ?
- Il était déjà mort à ce moment-là. Enfin, déjà parti en tout cas. Ça n’était plus Charles.
- Ah, la dépersonnalisation : classique. C’est plus facile de casser un objet que tuer un être humain.
- Mais non, ça n’est pas ça ! »

Quelqu’un vint interrompre l’interrogatoire pour apporter une information complémentaire : une équipe technique avait déjà eu le temps d’analyser les traces de sang. Toutes étaient du même groupe sanguin mais une analyse de marqueurs plus poussées révéla deux individus différents. L’un correspondait à la victime, l’autre au suspect.

« Et ces gribouillis ? Vous espériez accomplir quoi avec, sacrifice de vierge peut-être ?
- Non, enfin !
- Ah, il n’était plus vierge, donc.
- Mais qu’est-ce que j’en sais, en quoi ça me regarde, en quoi ça vous regarde ? »

On les interrompit de nouveau. Une urgence, un autre tueur autrement plus spectaculaire arrêté à interroger réclama l’attention du commissaire.
« Bon. On n’en tirera plus rien pour l’instant : ramenez-le à sa cellule, on reprendra ça plus tard quand l’enquête aura un peu avancé. J’ai des cas sérieux à traiter, espèce de petit con, un type qui a abattu sa femme et leurs trois gosses. Tu penses bien qu’un étudiant allumé qui égorge son petit copain, ça passe après. »


Ça demanda des heures. Ça lui fit l’effet de jours entiers, en cellule, toujours menotté. Il grelottait sur sa couchette étroite et dure. La lumière crue entre les murs glauques lui piquait les yeux et l’empêchait de dormir, mais ne permettait pas pour autant de discerner les détails de ce qui l’entourait. Pas qu’il tenait à les contempler, après tout…
Il était seul. Les tueurs on les isole, pour éviter qu’ils récidivent sur leurs petits camarades de cellule, ou qu’un camarade de cellule plus costaud leur rende la pareille, avait lancé le gardien.
Ça n’empêchait pas les interpellations qui fusaient d’un bout à l’autre du couloir. Des insultes, des moqueries…
« Ceux qui se retrouvent isolés, ce sont soit les mineurs soit les tueurs.
- Et toi avec ta gueule d’ange tu es quoi ? Ooh, les deux peut-être. »
À dix-neuf ans à peine, il était quand même déjà majeur. Et il n’était pas un tueur. Mais Howard ne prenait pas la peine de répondre. Même s’il ne supportait pas les erreurs et les fausses accusations, à quoi perdre son temps et son énergie à tenter de dialoguer avec des singes butés ? Même les policiers qu’il croyait auparavant raisonnables avaient refusé de comprendre ses explications.
« Et tu as tué qui ? Un autre bébé ? T’as l’air incapable de faire du mal à une mouche. »
Charles n’était pas un bébé, non plus.
« Maigrichon comme t’es et pas dégourdi comme t’as l’air… »
Excusez-le de ne pas être une montagne de muscles comme son frère. Même ainsi il restait plus grand et plus fort que Charles l’avait été. Avant qu’il se transforme en monstruosité inattendue, le jette à travers la pièce et essaie de le griller sur place.
« Un démon… murmura-t-il malgré lui.
- T’en as goûté de la bonne, hein. J’en ai une meilleure pour toi quand tu sortiras… ou si on se retrouve ensemble en cabane. »
Aux promesses absconses que faisaient les voisins, c’est finalement le gardien qui répondit, en gueulant,
« Oh les commères vous allez vous la fermer, oui ? »
Mais les racontars de reprendre de plus belle dès son départ.

Ils présentèrent ça comme l’équivalent d’une cellule de dégrisement : quand les médicaments ne feraient plus effet ils verraient bien s’il chantait toujours la même chanson.
Rien ne pouvait le distraire de sa main douloureuse, de son poignet enflé.
Quand la racaille alentour finit par se lasser, le silence par se faire et qu’il parvint enfin à s’assoupir ce fut pour souffrir de cauchemars. Il fut tiré brusquement de son sommeil agité par le gardien.

« T’as droit à un café, ensuite on reprend l’interrogatoire. À ta place j’utiliserais les toilettes tout de suite : on ne sait jamais combien de temps ça pourra prendre. »
Howard se sentait nauséeux, fiévreux, douloureux.
« Est-ce que ça serait possible d’avoir une aspirine ?
- Et puis quoi encore ? Rigoureusement interdit. Aucune drogue que ça soit. »
Il aurait bien rétorqué quelque chose sur la caféine pourtant, mais n’en avait pas la force. Il fut d’ailleurs incapable d’en avaler plus de deux gorgées, de ce café infâme. Ça lui levait le cœur.

On le remit debout et on le traîna le long d’un couloir jusqu’à un bureau surchauffé et éclairé trop violemment. Il aurait eu grand besoin d’air frais. Il étouffait et regrettait soudainement sa cellule trop fraîche, trop sombre.

« Alors mon garçon, prêt à cracher tes tripes ?
- Littéralement. Je- je ne me sens pas bien, je crois que je vais vomir.
- Je te préviens, tout ce qui n’est pas une réponse à mes questions, je m’en tape.
- S’il vous plaît, est-ce que je pourrais avoir un verre d’eau d’abord ?
- T’es pas en position d’exiger quoi que ce soit, mon gars. »

Supplique ou protestation, les mots suivants moururent sur ses lèvres. Il ne pouvait pas les prononcer, quand il s’étranglait. Il ne réussit même pas demander à ce qu’on lui passe la poubelle, espérant éviter de tout répandre par terre. Il essaya de se pencher : mieux valait encore le sol que ses genoux. Mais son mouvement fut bloqué au vol, retenu par la poigne d’un gorille.
« OK c’est quoi cette comédie ? On t’a pourtant laissé assez de temps pour dessaouler, ne compte pas mettre ça sur le compte d’une gueule de bois. C’est qu’on te stresse à ce point, pauvre chou… ou c’est quelque chose à te reprocher, hmm, une mauvaise action qui te reste en travers de la gorge ?
- Hum. »
Le gorille qui lui broyait la nuque de sa patte manifesta tout de même un semblant de conscience.
« C’est possible qu’il soit vraiment malade, chef. Il a la peau bien chaude, je crois qu’il fait de la fièvre.
- On te demande pas ton avis à toi non plus, Benson. »
Howard, quoi qu’il en soit, n’était plus en état de répondre. L’effort arraché par son estomac semblait avoir rejeté le peu d’énergie qui lui restait avec le reste. Pour ne rien arranger, sa gorge le brûlait. Entre la remontée d’acide gastrique et la déshydratation qui s’installait, il ne pouvait même pas prononcer un mot d’excuse pour cet accident.
Il ruisselait de sueur, avait trop chaud et trop froid à la fois ; il avait perdu toute vision périphérique et toute perception des couleurs ; des tintements persistants dans les oreilles l’empêchaient d’entendre clairement ce qu’on disait autour de lui. Les mots perdaient tout leur sens. Il ne comprenait plus les questions, et même si, il arrivait à peine à former une pensée cohérente, et pas du tout à prononcer quoi que ce soit. Il était certain d’être en train de s’évanouir, mais le malaise se prolongeait indéfiniment sans lui offrir le répit même de juste quelques secondes d’inconscience, ni la promesse de s’arranger ensuite.
Avec une bordée de jurons, le commissaire le congédia.
« Renvoyez-moi-ça en cellule et amenez-moi une femme de ménage. Ou plutôt la petite stagiaire, tiens, ça lui apprendra, elle qui voulait tellement voir une affaire de meurtre ! »

On le remit debout de force et il fallut le traîner hors du bureau. Dans le couloir, trébuchant, il faillit heurter quelqu’un.
Une jeune fille, de son âge peut-être, la peau brune, des cheveux très noirs attachés en une natte bien serrée qui lui donnait l’air sérieux. Sous son expression déterminée, elle le dévisagea avec curiosité ; les gardes la toisèrent avec un sourire narquois.
Alors qu’on l’entraînait, il entendit la voix du commissaire qui apostrophait rudement la nouvelle venue :

« He ben ma p’tite Monica tu as de la chance… Hey c’est quoi ça ? sexy et parfait pour travailler dans le bureau, bravo !! mais n’espère jamais aller sur le terrain avec ça, tu crois quoi ? offrir une jolie prise à un malfaiteur qui n’aura qu’à l’empoigner pour te tenir en laisse ! »

Il n’entendit pas la suite comme on l’entraînait en sens inverse le long des couloirs. Ensuite, il ne savait plus…

Il crut entendre la voix de Dave à un moment, de très très loin, qui réclamait quelque chose, mais peut-être qu’il la rêvait seulement.
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