ext_130622: (memories)
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Titre : Vers où maintenant…
Auteur : [livejournal.com profile] ylg
Base : Saiyūki
Personnages/Couples : Cho Hakkai, Cho Kanan ; Sha Gojyō
Genre : drama
Gradation : PG à PG-13 / T-
Légalité : propriété de Minekura Kazuya, je ne cherche ni à en tirer profit ni à manquer de respect.

Notes : ouuuh ça fait seulement deux chapitres j’en bave déjà des ronds de chapeau et je parie que ça n’est pas près de s’arranger !

Thème : o2#o5, « Destination » pour [livejournal.com profile] 10_choix
Continuité/Spoil éventuel : post série très spéculatif, à situer dans la foulée du thème précédent
Nombre de mots : 2300

***

Le Boddhisatva de compassion rend à Hakkai ses limiteurs de pouvoir. Même si le danger des Ondes négatives est passé, même si reprendre apparence humaine retardera légèrement la cicatrisation de ses blessures – il n’est pas à ça près. En revanche, son aspect physique quand il les ôte, toutes ces années après, lui pose toujours problème. Il reste incapable d’accepter les griffes, les tatouages. Se présenter devant sa sœur miraculeusement retrouvée sous cette apparence il est odieux.
Il était censé apprendre à s’accepter : ça sera quand même pour une autre fois. Elle ne l’accepterait pas. Chaque chose en son temps, donc.

Ce miracle, il ne sait comment l’accueillir. Il est à la fois heureux de la voir en vie, catastrophé de s’apercevoir que tout ce temps il n’était pas là pour elle, que sa captivité s’est prolongée, angoissé à se demander : dans quel état est-elle maintenant…

Le voilà ramené des années en arrière, au cœur de l’horreur. La souffrance supplante l’amour. Et il va devoir se montrer fort pour passer outre la souffrance. Une deuxième chance de sauver Kanan lui est accordée : qu’il ne la gâche pas.

Les groupes de Sanzō comme de Kōgaiji sentent qu’il se passe quelque chose de grave, de spécial, qui ne regarde qu’eux deux et s’écartent, respectueux et plutôt craintifs. L’intervention de Kanzeon impressionne…

On les laisse prendre de la distance. Ils se retrouvent à l’écart du groupe, sur terrain ouvert : toujours à la lumière, juste un peu d’abri tout de même : une grande roche, un arbre… un endroit pas vraiment intime, mais qui offre à la fois une vague protection et assez d’espace pour fuir s’il le faut. Ça n’a plus rien à voir avec les cachots ou les laboratoires souterrains. La lumière, mais aussi le vent, au loin le chant discret d’un oiseau…

Tout semble étrangement artificiel. Les retrouvailles sont difficiles. Pétrifiés par la surprise et la crainte, ils osent à peine s’approcher l’un l’autre. Chacun a peur de l’autre, peur de tout, que tout ça ne soit qu’un rêve, un cauchemar, que tout se brise au premier geste, à la première parole.

Tout ça n’a rien d’un conte de fée : la princesse rendue au prince et tout le monde est heureux ? Du tout. Il leur reste à l’un comme à l’autre des cicatrices physique et des traces profondes du temps qui passé depuis leur séparation tragique. De la douleur…

Tout ce temps…

Depuis, Hakkai a eu le temps de se dire qu’il était fait pour la vie qui a suivi. Il reconnaît qu’il a souffert mille morts, il sait qu’il a infligé mille morts ; il porté le deuil… et refait sa vie. Même si c’était difficile, même s’il ne serait jamais entièrement en paix, qu’il lui resterait toujours une part de douleur et de mélancolie de son passé avec elle, de sa vie sans elle… Il a cessé pourtant de vivre dans le passé. Il avait même désormais des rêves d’avenir, qu’il croyait irréalisables et se contentait du présent. Il croyait avoir tourné la page ; mais il ne peut ni le lui dire franchement ni le lui cacher éternellement.

Et maintenant qu’elle lui est restituée, il ne sait pas trop si c’est un rêve ou un cauchemar.

Il sait qu’il est irrémédiablement lié à elle : récompense ou punition, il fera tout pour l’accueillir, quitte à se détruire au passage. Non, il n’est finalement pas guéri d’elle, oh non. Il rechute immédiatement. Encore et encore, il essaiera de la sauver. Peut-être tombera-t-il avec elle, en tout cas il ne fuira plus.

Kanan, de ce temps, est toujours blessée. Rendue à ses souvenirs, elle reste horrifiée, et de ce qu’elle avait gardé en mémoire, des dernières horreurs subies, de son grand désespoir… et par-dessus encore, ce qu’elle a vécu depuis.
Elle a été utilisée encore et toujours. Comme jouet par Hyakugan Maō, son clan, son fils. Comme cobaye, comme poupée par cet homme. La nuit n’a jamais eu de fin : elle est restée en cage tout ce temps, comme un animal sans pensées.
Elle a survécu contre son gré, et grâce à quoi ? dans quel état ? Elle n’avait plus d’identité : quelques sentiments confus, des sensations, sur lesquels elle ne met pas encore de mots. Juste une impression générale de dégoût et de terreur. Et maintenant qu’elle commence à recouvrer ses facultés… de colère.

Se serrant elle-même dans ses bras, elle garde ses distances.

« Ils ont fait de moi un monstre, réalise-t-elle.
- Et de moi un autre. »

Il ne l’a pas comprise la première fois. Il n’a pas voulu la comprendre. Il la voyait toujours pure et innocente des crimes commis contre elle, sans pouvoir admettre qu’elle ait été si profondément affectée par l’horreur.
Aujourd’hui, il a plus de recul. Maintenant, il pense pouvoir mieux comprendre. Il tente de l’approcher de ses mots. De se faire reconnaître.
Pour l’instant, elle ne l’entend pas ; à la place, il l’écoute. Cette fois, il entendra ses plaintes. Cette fois, elle pourra se plaindre…

« Pourquoi m’imposer ça ? Je voulais mourir… je veux mourir ! Disparaître. Tout effacer. Ils m’ont observée tout ce temps, sans que je puisse… Qui d’autre sait ? ma honte… Je voulais mourir et je n’ai pas su. »

Lentement, sans aller jusqu’à la toucher, il lui tend les mains.

Plus personne ne sait. J’étais un mari trop jaloux. Tous ceux qui ont posé les mains ou le regard sur toi, je les ai fait disparaître. Ceux qui restent ne savent rien. Il n’y a plus que moi… et moi je n’existe plus depuis.

Enfin, elle le regarde. Amère.

« Tu as refait ta vie sans moi.
- J’ai fait une autre vie. Qui n’était pas la mienne. Gonō est mort avec toi, ça je peux te l’assurer. Kanan… Je suis tellement désolé de n’avoir pas su rester avec toi. Te laisser la décision de, si tu veux encore ou si tu ne veux plus jamais être avec moi, c’est tout ce que je peux t’offrir.
- La dernière fois n’a pas suffi… Ce monde s’obstine à nier ma volonté. »

Elle qui était si têtue autrefois… et dont son propre amour n’a pas su entendre la souffrance quand ça comptait le plus. Hakkai promet,
« Je t’écouterai, cette fois.
- Qu’as-tu fait, la dernière ? »

Il rassemble ses mots. Chacun rouvre une blessure en lui mais lui doit cette vérité.

« Tu es morte sous mes yeux et j’ai été tué aussi. On m’a tiré de là malgré moi. Quand j’ai voulu revenir le château était réduit en cendres ; j’ai cru que toi avec.

- Et que voulez-vous que je fasse maintenant… »

Quand Gonō déjà mort/Hakkai nouveau-né s’est retrouvé dans une situation similaire autrefois on a choisi à sa place. Cette fois, ils n’auront pas ce luxe. La décision, ils devront la prendre eux-mêmes.

Où aller désormais, rester ici ou repartir, et pour où ? Kanan est perdue.

« Je ne sais même pas où je suis. Je ne sais pas quand je suis, combien de temps exactement suis-je restée… Je ne sais même pas ce que je suis, à cause de ce qu’ils m’ont fait : et qui je suis, alors ? »

Qui il est lui-même, Hakkai a eu le temps de le reconstruire. Ce qu’il est, il a encore du mal à l’admettre. Où il est : au bout de sa mission… alors que depuis de nombreux mois de périple il croyait vraiment qu’il mourrait sur place. Et, dans l’éventualité de survivre contre toute attente, qu’il rentrerait et recommencerait à vivre avec Gojyō.
Le retour de Kanan le bouleverse sur bien des plans.

Que va-t-il faire, non seulement vis-à-vis d’elle, et de lui-même, mais aussi de Gojyō : l’abandonner lui à la place ? Kanan est plus importante que tout, pense-t-il. Mais que Gojyō aussi, vraiment ?
Gojyō qui lui a sauvé la vie, Gojyō qui a été son ami et son compagnon toutes ces années ? Va-t-il balayer tout cela, comme ça ?

Elle est revenue et elle redevient instantanément le centre de sa vie. Mais il découvre un second pôle. Elle décidera de son sort, mais à quel prix…
Ah, encore une fois ça serait facile de laisser à d’autres la responsabilité de décider de sa vie. Kanan et Gojyō ont chacun leurs droits le concernant. S’ils entrent en conflit, à qui donnera-t-il raison ?

Le dilemme, elle ou lui, passé ou présent, Hakkai n’est pas en mesure de le résoudre seul. Kanan, perdue, ne veut pas décider non plus. Elle n’a plus la force de mourir, et pas non plus celle de vivre.
Et refaire leur vie, de zéro, dans ce lieu inconnu, ça pourrait peut-être être ce qu’il y aurait de mieux, mais l’ampleur de la chose les dépasse. Trop de liberté… trop de contraintes à s’inventer soi-même.

« On pourrait… peut-être… rien n’effacera jamais ce qui s’est passé, mais nous pourrions en revenir là où tout s’était arrêté, en pays connu au moins, là d’où nous venions, et aviser quand nous y serons rendus ? »

Tout ce temps sur la route a rendu Hakkai nomade. Lui qui a tant rêvé d’un foyer aimant autrefois… une fois de plus, son rêve se dérobe devant lui. Se fixer, il ne va pas en être capable tout de suite. S’ils peuvent s’offrir de temporiser, de s’apprivoiser, de se reconnaître…

La question de se remettre ensemble, il ne la pose pas. Pour l’instant Kanan est sa sœur bien-aimée dont il veut prendre soin et pour qu’elle redevienne peut-être son épouser chérie… il serait dangereux d’essayer de faire semblant que rien n’est arrivé ; quant à arriver à admettre ce qui est arrivé puis le laisser derrière soi, ça sera peut-être la mort d’eux deux. Et cette idée ne le remplit pas autant de tristesse qu’il aurait cru.

Comme s’il sentait que Hakkai a besoin de lui, Gojyō approche à pas lents, les laissant remarquer sa venue, et il s’arrête un peu plus loin qu’il n’aurait pu, comme s’il n’osait pas approcher Kanan. Laquelle le regarde avec méfiance, d’ailleurs. Il lui rend un regard franc, sans animosité ni pitié. Ni même de curiosité. Quelque part, il a toujours su qu’elle séparerait Hakkai de lui…

« Le bonze et le singe vont rester là, annonce-t-il. Madame la Déesse leur donne un nouveau temple sur place pour leur épargner le voyage du retour et tant pis pour celui qu’ils ont laissé à l’Est, ils se débrouilleront sans eux. »

Une détresse nouvelle sur le visage de Kanan. Gonō n’est plus à elle seulement. Il a des amis, des compagnons avec lesquels compter. Alors qu’elle est tellement seule désormais…

Gojyō continue, l’englobant elle aussi :
« On peut se trouver un coin aussi par ici. Ça n’est pas le désert. Il y a des villes pas loin, et le choix, apparemment. Ou, on peut rentrer à l’Est. Hakkai, c’est toi qui décides de si tu prends Jeep. Et puis Kō et ses copains disent qu’ils peuvent nous prêter des dragons volants si on veut : c’est plus rapide. »

Kanan ne cache pas un mouvement brusque : pas question, elle ne veut rien devoir à…
Hakkai n’est pas aussi violent mais n’en pense pas moins et décline poliment : ils en auront besoin ici, nous n’allons pas les en priver.

« Comme vous voulez. Un dernier truc : si vous voulez repartir, tu sais, vous pouvez aller chez moi, récupérer ma baraque. Et moi je peux rester ici, ou trouver un autre bled, je ne sais pas encore. Je peux voir si mon frère… je sais pas. On verra bien. »

Cette proposition aussi, Kanan l’accueille avec défiance. Elle devine ce qu’il est et à un demi-youkai non plus, elle ne veut rien avoir affaire avec. L’idée de son existence la révulse.
Encore une fois, Hakkai qui a eu tout son temps pour l’apprivoiser, passer outre ses origines et l’estimer pour lui-même, se montre plus diplomate :
« Ça non plus il n’en est pas question : c’est ta maison. Ça ne changera pas. »

Kanan. Voici Gojyō. Après… le drame, il m’a sauvé la vie. Nous avons appris à cohabiter depuis. Ça n’a pas toujours été facile bien sûr, mais il est devenu mon meilleur ami.

L’émotion se peint sur le visage de Gojyō. Sur celui de Kanan, la méfiance s’approfondit.

« Je pense que nous devrions rentrer tous à l’Est, ça sera rapide cette fois, nous n’aurons pas tant de détours à faire, de contretemps à subir. Sans partir dans l’immédiat, en prenant le temps de nous reposer et de nous préparer au voyage avant. Prendre un peu de temps… »

L’important pour Hakkai n’est pas tant de savoir où ils iront mais de découvrir en route
où tout ça les mènera. Se fixer un but qui pourra varier et voir ce que l’on atteint.

Pour l’instant, dans l’immédiat absolu, il n’y a pas beaucoup d’autre choix. Non, ils ne vont pas se jeter ainsi sur les routes. Même si Kanan voudrait pouvoir fuir cet endroit, ces gens, ceux qu’elle perçoit toujours comme des monstres, elle a encore besoin de son seul point d’ancrage : Gonō. Et se fier à son avis. Elle se retranche derrière en se demandant l’étendue de ce qu’elle a manqué : depuis quand est-il le grand frère, le mari paternaliste, ce dont elle pensait n’avoir aucun besoin autrefois… On l’a changée de force, on a bousculé toutes ses certitudes, et lui a su en gagner de nouvelles.

Tout ce qu’elle réclame pour l’instant, si vraiment il faut en rester là pour l’instant, c’est s’ils peuvent camper un peu à l’écart. Hakkai lui servira de rempart, de zone tampon entre elle et eux.


Date: 2012-12-18 06:08 am (UTC)
From: [identity profile] chonaku55.livejournal.com
Tu décris vraiment bien l'état d'âme des personnages, mais avec une sorte de... je sais pas, ça donne quelque chose de très réaliste dans le rendu, sans tomber dans l'excès. J'aime la mention de la vraie forme d'Hakkai, les autres qui les laissent tranquilles, ce qui se passent entre eux au niveau des pensées et des dialogues. On voit bien que Kanan a vécue l'horreur, que ça l'a marquée, que les évènements les ont marqués tout les deux. Et j'adore Gojyô, de sa proposition à la mention de son frère. Et j'aime beaucoup la fin.

Date: 2012-12-18 07:18 pm (UTC)
From: [identity profile] chonaku55.livejournal.com
Bah, si on veut rendre ça réaliste, ça implique y aller tout doucement, avec des plans psychologiques, enfin, je pense. Ensuite, on peut considérer que quand ils se seront tous acclimatés, ce sera, au moins, légèrement mieux ?

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