Titre : L'a-t-elle mérité ?
Auteur :
malurette
Base : Le Bleu est une couleur chaude
Personnages/Couples : Sabine/Emma, Emma/Clémentine
Genre : drama
Gradation : PG-13 / T
Légalité : propriété de Julie Maroh, je ne cherche ni à tirer profit ni à manquer de respect.
Thème : "infidelity" pour
ladiesbingo (infidélité)
Nombre de mots : 950
***
Sabine levait régulièrement des filles, en soirée, pendant des séances de discussion politique ou artistique - elle considérait l'art automatiquement engagé de toute façon donc les deux se recouvraient souvent - et puis ensuite, après avoir baisé une ou deux fois, elle revenait pleurer auprès d'Emma.
"Tu es la seule que j'aime."
Elle faisait attention à ne pas utiliser l'argument fatal, de "c'est juste pour l'hygiène," mais lui faisait quand même sentir son manque d'engagement. Oh, pas dans leur relation amoureuse et charnelle, mais pour tout le reste.
Si tu étais plus disponible, au lieu de me laisser seule - à ces réunions militantes, pendant que tu es en cours - je ne me laisserais peut-être pas autant distraire par leurs prises de position agressives !
Comme si, c'était aussi la faute de ces filles qui la séduisaient en étant formidables, et jamais la sienne de ne pas savoir leur résister.
Mais ça n'était pas sa faute, alors Emma était bien obligée de lui pardonner, n'est-ce pas ?
Emma, comme Sabine insistait, était une personne formidable, meilleure que toutes ces autres filles, généreuse, compréhensive, aimante. Envers tout le monde, mais avant tout et surtout envers Sabine. Car elle l'aimait.
À côté de ça, Sabine piquait aussi des crises de jalousie terribles.
Je ne sais bien que tu ne ferais pas des crasses pareilles, toi. Si tu regardes quelqu'un d'autre, tu me tues. Si tu regardes un mec...
Sabine entretenait quelques idées reçues ; Emma n'était pas assez butch pour satisfaire les clichés à la peau dure. Même après s'être teint les cheveux. Plus que punk, ça la rendait encore plus femme. Ça apportait un déséquilibre dans leur couple : elles n'étaient pas assez semblables pour que Sabine sente qu'elles étaient vraiment égales. Elle faisait mentir la symétrie parfaite dont "leurs sœurs" se réclamaient en dénonçant le patriarcat et tout.
Elle serait trop féminine ? Pourtant, Emma était queer à fond... mais pas la bonne saveur apparemment.
"C'est ma vie, rétorquait Emma. C'est moi, et tu m'aimes pour ça. Je ne changerai pas pour me conformer à un moule. Ni celui que tu dénonces, et pour lequel tu as raison, ni un autre. Tu te rends compte de ce que tu essaies de m'imposer ?"
Et oui, c'est vrai, Sabine l'aimait telle qu'elle était. C'était pour ça que même si elle allait un peu trop souvent voir ailleurs, elle lui revenait toujours ensuite.
À chacune de ses incartades, Emma souffrait de ce qu'elle considérait comme un manque d'honnêteté. Qu'elle la trompe pour la baise, ça le blessait mais elle pouvait, avec philosophie, comprendre le problème. Ça n'est pas parce qu'elle ne l'aime pas assez qu'elle va voir ailleurs. Mais qu'elle se pose en victime, qu'elle refuse de se reconnaître coupable de quoi que ce soit, ça, elle avait bien du mal à l'admettre.
Elle l'aimait, oui, très fort, mais elle détestait cette attitude et espérait qu'elle s'en corrige, à force d'en discuter ? mais non, c'était impossible de la changer profondément.
Alors elle lui pardonnait, elle fermait les yeux en tout cas.
La baise, quand Sabine était de bonne humeur et ne cherchait pas à aller voir ailleurs, quand elle n'était pas teintée d'amertume, était délicieuse ; quand leur relation n'était pas obscurcie par l'idée d'une inconnue entre elles, leur projets d'avenir artistiques ensemble étaient exaltants au possible.
Et puis elle a rencontré Clémentine...
Clémentine était très jeune, mais elle lui plaisait quand même. Emma elle-même n'était pas tellement plus âgée, mais elles étaient juste de part et d'autre de la barrière artificielle qui sépare les enfants des adultes. Clémentine était rafraîchissante à fréquenter, parce qu'elle était tellement entière, et encore pure du monde plus sombre, et prête à en apprendre. Elle avait bien quelques préjugés à faire voler, et justement, elle était heureuse de les dépasser, de se dépasser.
C'était peut-être une erreur que de s'attacher autant à elle. &CCedil,a n'était pas très légal, ça n'était pas moral du tout, mais Emma craqua et envoya promener tout ce qui n'était pas leur amour.
Ensuite seulement, l'exaltation des premiers moments retombée, elle eut honte de sa conduite, de sa faiblesse. Pas de son amour, non, mais... si elle se retranchait derrière l'idée d'avoir commis une erreur, derrière ses remords, et reléguait Clémentine au rang de simple basse pulsion, elle ne valait pas mieux que Sabine et elle traitait Clémentine affreusement mal. Car elle l'aimait, elle l'aimait passionnément.
Mais en reconnaissant cet amour, sans prendre les mesures qui s'imposaient face à Sabine, elle commettait une tromperie bien plus grave que toutes celles qu'elle avaient subies jusque là.
Emma ne pouvait pas se mentir : elle l'aimait plus, elle l'aimait mieux, qu'elle n'avait jamais aimé Sabine, Sabine qu'elle n'aimait d'ailleurs plus mais qui qui restait la première fille avec qui elle avait eu une relation sérieuse et avec qui elle ne restait encore que par la force de l'habitude. Mais elle n'était pas assez honnête, pas assez courageuse, pour rompre dans les formes.
C'est seulement quand Sabine en colère lui fit une scène à cause de la distance qui s'accumulait entre elles, qu'elle reconnut sa lâcheté, admit que oui, ses soupçons étaient fondés, et qu'il valait mieux pour elles toutes qu'elles en restent là.
Des années plus tard, alors que Clémentine souffrait tellement de solitude, d'incertitude et d'insécurité, dans un moment d'égarement, elle se laissa faire par un type. Elle lui avoua aussitôt sa faute mais Emma fut incapable de lui pardonner. Traitée à nouveau comme Sabine l'avait traitée autrefois, traitée maintenant comme elle avait traité Sabine la douleur était pire que tout ce qu'elle aurait pu imaginer. Et qu'elle l'ait méritée ou pas, elle ne pourrait jamais l'admettre.
Auteur :
Base : Le Bleu est une couleur chaude
Personnages/Couples : Sabine/Emma, Emma/Clémentine
Genre : drama
Gradation : PG-13 / T
Légalité : propriété de Julie Maroh, je ne cherche ni à tirer profit ni à manquer de respect.
Thème : "infidelity" pour
Nombre de mots : 950
Sabine levait régulièrement des filles, en soirée, pendant des séances de discussion politique ou artistique - elle considérait l'art automatiquement engagé de toute façon donc les deux se recouvraient souvent - et puis ensuite, après avoir baisé une ou deux fois, elle revenait pleurer auprès d'Emma.
"Tu es la seule que j'aime."
Elle faisait attention à ne pas utiliser l'argument fatal, de "c'est juste pour l'hygiène," mais lui faisait quand même sentir son manque d'engagement. Oh, pas dans leur relation amoureuse et charnelle, mais pour tout le reste.
Si tu étais plus disponible, au lieu de me laisser seule - à ces réunions militantes, pendant que tu es en cours - je ne me laisserais peut-être pas autant distraire par leurs prises de position agressives !
Comme si, c'était aussi la faute de ces filles qui la séduisaient en étant formidables, et jamais la sienne de ne pas savoir leur résister.
Mais ça n'était pas sa faute, alors Emma était bien obligée de lui pardonner, n'est-ce pas ?
Emma, comme Sabine insistait, était une personne formidable, meilleure que toutes ces autres filles, généreuse, compréhensive, aimante. Envers tout le monde, mais avant tout et surtout envers Sabine. Car elle l'aimait.
À côté de ça, Sabine piquait aussi des crises de jalousie terribles.
Je ne sais bien que tu ne ferais pas des crasses pareilles, toi. Si tu regardes quelqu'un d'autre, tu me tues. Si tu regardes un mec...
Sabine entretenait quelques idées reçues ; Emma n'était pas assez butch pour satisfaire les clichés à la peau dure. Même après s'être teint les cheveux. Plus que punk, ça la rendait encore plus femme. Ça apportait un déséquilibre dans leur couple : elles n'étaient pas assez semblables pour que Sabine sente qu'elles étaient vraiment égales. Elle faisait mentir la symétrie parfaite dont "leurs sœurs" se réclamaient en dénonçant le patriarcat et tout.
Elle serait trop féminine ? Pourtant, Emma était queer à fond... mais pas la bonne saveur apparemment.
"C'est ma vie, rétorquait Emma. C'est moi, et tu m'aimes pour ça. Je ne changerai pas pour me conformer à un moule. Ni celui que tu dénonces, et pour lequel tu as raison, ni un autre. Tu te rends compte de ce que tu essaies de m'imposer ?"
Et oui, c'est vrai, Sabine l'aimait telle qu'elle était. C'était pour ça que même si elle allait un peu trop souvent voir ailleurs, elle lui revenait toujours ensuite.
À chacune de ses incartades, Emma souffrait de ce qu'elle considérait comme un manque d'honnêteté. Qu'elle la trompe pour la baise, ça le blessait mais elle pouvait, avec philosophie, comprendre le problème. Ça n'est pas parce qu'elle ne l'aime pas assez qu'elle va voir ailleurs. Mais qu'elle se pose en victime, qu'elle refuse de se reconnaître coupable de quoi que ce soit, ça, elle avait bien du mal à l'admettre.
Elle l'aimait, oui, très fort, mais elle détestait cette attitude et espérait qu'elle s'en corrige, à force d'en discuter ? mais non, c'était impossible de la changer profondément.
Alors elle lui pardonnait, elle fermait les yeux en tout cas.
La baise, quand Sabine était de bonne humeur et ne cherchait pas à aller voir ailleurs, quand elle n'était pas teintée d'amertume, était délicieuse ; quand leur relation n'était pas obscurcie par l'idée d'une inconnue entre elles, leur projets d'avenir artistiques ensemble étaient exaltants au possible.
Et puis elle a rencontré Clémentine...
Clémentine était très jeune, mais elle lui plaisait quand même. Emma elle-même n'était pas tellement plus âgée, mais elles étaient juste de part et d'autre de la barrière artificielle qui sépare les enfants des adultes. Clémentine était rafraîchissante à fréquenter, parce qu'elle était tellement entière, et encore pure du monde plus sombre, et prête à en apprendre. Elle avait bien quelques préjugés à faire voler, et justement, elle était heureuse de les dépasser, de se dépasser.
C'était peut-être une erreur que de s'attacher autant à elle. &CCedil,a n'était pas très légal, ça n'était pas moral du tout, mais Emma craqua et envoya promener tout ce qui n'était pas leur amour.
Ensuite seulement, l'exaltation des premiers moments retombée, elle eut honte de sa conduite, de sa faiblesse. Pas de son amour, non, mais... si elle se retranchait derrière l'idée d'avoir commis une erreur, derrière ses remords, et reléguait Clémentine au rang de simple basse pulsion, elle ne valait pas mieux que Sabine et elle traitait Clémentine affreusement mal. Car elle l'aimait, elle l'aimait passionnément.
Mais en reconnaissant cet amour, sans prendre les mesures qui s'imposaient face à Sabine, elle commettait une tromperie bien plus grave que toutes celles qu'elle avaient subies jusque là.
Emma ne pouvait pas se mentir : elle l'aimait plus, elle l'aimait mieux, qu'elle n'avait jamais aimé Sabine, Sabine qu'elle n'aimait d'ailleurs plus mais qui qui restait la première fille avec qui elle avait eu une relation sérieuse et avec qui elle ne restait encore que par la force de l'habitude. Mais elle n'était pas assez honnête, pas assez courageuse, pour rompre dans les formes.
C'est seulement quand Sabine en colère lui fit une scène à cause de la distance qui s'accumulait entre elles, qu'elle reconnut sa lâcheté, admit que oui, ses soupçons étaient fondés, et qu'il valait mieux pour elles toutes qu'elles en restent là.
Des années plus tard, alors que Clémentine souffrait tellement de solitude, d'incertitude et d'insécurité, dans un moment d'égarement, elle se laissa faire par un type. Elle lui avoua aussitôt sa faute mais Emma fut incapable de lui pardonner. Traitée à nouveau comme Sabine l'avait traitée autrefois, traitée maintenant comme elle avait traité Sabine la douleur était pire que tout ce qu'elle aurait pu imaginer. Et qu'elle l'ait méritée ou pas, elle ne pourrait jamais l'admettre.