Titre : Un bête accident
Auteur :
malurette
Base : LastMan, cartoon
Personnages : Dave & Howard McKenzie
Genre : hurt/comfort
Gradation : PG / K+
Légalité : propriété de Balak Vivès Sanlaville & Périn ; je ne cherche ni à tirer profit ni à manquer de respect.
Thème : «mishap» d’après
15kisses (accident)
Continuité/Spoil éventuel : pré série - Dave : 19/20 ans, Howie 16/17
Nombre de mots : ~2400
***
Ça ne ressemblait pas à Dave d'avoir plus d'un quart d'heure de retard. Pour qu'il ne soit pas là à l'heure où il était censé récupérer son frère pour le weekend, c'est qu'il s'était produit un incident grave. Il n'était pas du genre à oublier. Si un obstacle se mettait en travers de sa route, dans ces cas-là, il le contournait en vitesse. Une course à l'autre bout de la ville ? Il y avait toujours moyen de l'échanger avec un collègue. Un embouteillage monstrueux qui lui barrait le passage ? Il se faufilait par des chemins alternatifs.
Une heure entière de retard, c'était bien trop. Au bout d'une demi-heure, Howard était déjà persuadé qu'il s'était passé quelque chose d'anormal et que ça ne servait à rien d'attendre plus longtemps, mais il lui fallut guetter un moment opportun pour feinter et échapper au surveillant. La pluie froide de novembre rendait tout morose à l'extérieur. L'heure tardive, le ras-le-bol général de cette tâche ingrate et de ce temps pourri, un bruit de moteur dehors gronda alors qu'il était occupé à faire signer un autre tuteur ;
« Ah c'est mon frère, j'y vais, bon weekend ! »
Il savait pertinemment que c'était une autre moto, mais courut quand même. Et ne s'arrêta pas.
Il était moins isolé sur ce campus qu'il n'avait été à l'internat, il y avait des bus qui le ramèneraient vers le centre-ville au besoin, même si à cette heure tardive ça n'était pas recommandé. Il ne voulait pas attendre le prochain passage, trop long. Il préférait courir.
Il pouvait aller directement à la pizzeria où Dave travaillait et l'attendre sur place, mais c'était loin et il faudrait soit attendre le bus un bon quart d'heure soit marcher directement, dans tous les cas se faire tremper en chemin. Ou il pouvait prendre le risque de téléphoner et demander de ses nouvelles, et peut-être mettre son patron en colère contre lui.
Il trouva une cabine en état de fonctionnement, réunit ce qu'il avait de monnaie, et appela. Il connaissait le numéro par cœur.
Il se présenta, s'excusa pour le dérangement, et demanda. On le fit attendre.
La pluie redoublait et battait les vitres de la cabine.
« McKenzie ? Il a été renversé en scooter, il est à l'hosto. »
Ensuite, Howard ne se souvient plus bien du reste succint de la conversation. Seulement qu'il s'est remis à courir. Il savait que c'était une réaction illogique, voire complètement stupide, que ça ne changerait rien : si Dave était mort, à quoi bon ? S'il était blessé, ça ne serait pas sa présence qui l'aiderait. Mais si c'était grave, s'il était à l'agonie, si vraiment les minutes comptaient... Il ne voulait pas qu'il meure. Il ne fallait pas qu'il pense comme ça. Il voulait être à ses côtés le plus vite possible, et il n'avait pas d'autre moyen pour le rejoindre. Heureusement que Dave avait insisté pour qu'il travaille son endurance...
Il se rendait à peine compte de ce qui se passait autour de lui, des autres piétons qu'il évitait, des flaques qu'il n'essayait même pas de sauter. Les mêmes pensées angoissées tournaient sans relâche dans sa tête. Il glissa sur une plaque d'égout mouillée, se cogna le genou, se releva d'un seul mouvement et continua à courir.
Il savait abstraitement que le trajet lui prendrait vingt longues, longues minutes, mais il n'avait plus la notion du temps ni des distances. Arrivé devant les urgences, il était quand même à bout de souffle et il dut se forcer à s'arrêter quelques instants pour reprendre haleine avant de pouvoir aller demander à l'accueil.
« Non non, je n'ai pas besoin d'aide moi-même ; je cherche mon frère. On m'a dit qu'il avait eu un accident de la route et qu'on l'avait amené ici.
- Alors voyons ça...
- McKenzie, Dave, septembre...
- Trauma léger, box 2. Au fond du couloir, sur la gauche. »
Howard remercia et longea le couloir d'un pas mal assuré. Après sa course folle, il avait les jambes un peu flageolantes. Il doubla plusieurs brancards stationnés, essayant de ne pas regarder leurs occupants et d'imaginer Dave à leur place. De l'autre côté d'un rideau, il entendit sa voix de Dave qui gueulait... de colère, pas de douleur.
« Mais vous ne comprenez pas, il faut absolument que j'aille chercher mon frère à l'école ! Il est encore mineur et il n'a pas le droit de sortir sans autorisation. Non on n'a personne d'autre qui puisse s'en charger ! »
Il n'y avait pas d'endroit où frapper alors il écarta simplement un peu le rideau pour s'annoncer.
« Dave. Euh. Je suis là. »
Une blouse blanche debout à son chevet, clipboard en main, fit volte-face et lui passa devant sans se présenter.
« Parfait, tu pourras peut-être le raisonner. »
Et sans un mot de plus, disparut s'occuper d'un autre cas.
Il y avait un tabouret à roulette en face du chariot de Dave. Howard s'y laissa tomber avec un soupir de soulagement.
« Qu'est-ce qui s'est passé ?
- Un connard m'a refusé la priorité et quand j'ai voulu freiner ça a dérapé. La roue avant est pliée, j'ai dû prévenir le patron et il est furieux, et ils m'ont embarqué de force.
- Tu n'as rien de grave ?
- Quelques hématomes, quelques écorchures, rien en soi, mais ces charlots veulent me garder.
- Trois heures en observation pour éliminer toute suspicion de commotion cérébrale, » précisa une autre blouse qui traversait le couloir pour accéder au box voisin, sans s'attarder non plus. Drôle de façon qu'ils avaient, d'observer leurs patients en coup de vent...
« J'ai déjà eu des commotions cérébrales avant, si c'était le cas je le saurais. Et ça fait déjà deux heures que je suis coincé là ! »
Au lieu de finir de rassurer Howard, cette idée l'inquiéta de nouveau.
« Ne t'avise pas de te tuer bêtement !
- Mais ça va, c'est le casque qui a tout pris.
- Encore heureux que tu en avais un. »
La blouse blanche fit son retour et Howard se leva par réflexe à son approche.
- douleur -
il se retrouva à genoux sur le carrelage froid, les deux mains enserrant sa cheville, réprimant un cri.
Ça lançait le long de la jambe, un voile gris lui tomba devant les yeux.
Il entendit Dave l'appeler, paniqué.
Quelqu'un se pencha sur lui, l'attrapa aux épaules et le força à toucher au sol.
« Sois gentil et ne me fais pas un malaise vagal, d'accord ? Ça complique toujours les choses. »
Il battit des paupières furieusement. Il n'y voyait pas clair mais savait qu'il n'avait pas perdu conscience, qu'il n'allait pas perdre conscience pour autant.
« Mais ça va, protesta-t-il.
- Oui, oui. Entre le contre-coup de l'émotion et une douleur subite on ne va prendre aucun risque.
- C'est vrai que t'es tout blanc, dis...
- Qu'est-ce qui t'est arrivé ? »
Il se souvenait à peine de sa chute, tellement préoccupé qu'il était sur le moment.
« J'ai glissé en venant tout à l'heure, je crois que j'ai dû me tordre la cheville à ce moment-là. »
Entre le sentiment d'urgence et le froid ambiant il n'avait rien senti. Maintenant qu'il se retrouvait au chaud et presque rassuré, sa cheville avait eu tout loisir d'enfler et se rappeler à lui.
« Ouille, on dirait que ça a doublé de volume...
- Et tu as continué à courir là-dessus ?
- Je voulais arriver le plus vite possible. »
Dave, d'inquiet, était maintenant furieux.
« C'est quoi la règle numéro un en secourisme, Howard ?
- Euh. Ne pas créer de sur-accident »
Et il en avait créé un de façon complètement stupide. Il avait eu raison de trouver sa réaction excessive illogique, il aurait dû se calmer et se forcer à agir plus posément...
« Je suis désolé. J'avais peur pour toi, d'accord ?
- Ok, ok. T'énerve pas. »
Dave se radoucit.
« Je sais. J'ai eu peur aussi quand j'ai eu cet accident, c'est bien pour ça que je ne veux pas qu'il t'arrive quoi que ce soit non plus. »
De sa posture allongée inconfortable et humiliante au sol, Howard eut l'impression que le médecin qui suivait leur échange sans rien dire s'en amusait. Il sentit le sang lui revenir au visage d'un coup.
« J'ai le droit de me relever maintenant ?
- Si tu fais attention. On va examiner ça rapidement. Ton frère va te faire une petite place, hm ? »
On l'installa au bord du chariot de Dave, la jambe relevée, reposant en travers des siennes.
« Vas-y pose-toi-là. Ça craint rien.
- Oh. Ton genou... ça va ?
- Ouais. C'est marrant, il m'a percuté là à l'extérieur mais c'est l'autre côté qui a l'air d'avoir tout pris. Je crois que ça a pas aimé quand ça a cogné contre le scooter. Enfin bon ils ont dit que ça n'était pas cassé. C'est juste enflé. Bienvenue au club ?
- Et une deuxième poche de glace pour le box 2... Retire aussi ton deuxième soulier, j'aurai besoin d'examiner tes deux chevilles en parallèle. Tu as des antécédents à signaler ?
- Euh, non.
- Faudra quand même demander ton dossier d'admission à l'accueil.
- C'est vraiment nécessaire ?
- Pourquoi tu t'en inquiètes ? Profite d'avoir une assurance santé étudiant. Moi en théorie j'en ai une quand je travaille mais je suis sûr que le patron va me faire des misères derrière...
- Euh. Oui mais en fait... comme je suis parti en cachette du surveillant censé cocher les sorties, si ça se trouve ils ne vont pas être d'accord pour me couvrir ? »
Le médecin émit un bruit dubitatif, puis proposa,
« Écoute, on commence par te faire passer cette radio, puis selon ce qu'on y trouve ou pas on avise et on t'ouvre un dossier. »
En attendant, il recopia le numéro du bracelet de Dave au stylo directement sur le poignet de Howard et ajouta une note explicative sur son dossier. Puis on le colla sur une chaise roulante, on l'embarqua le long d'un couloir et on le fit attendre longuement.
Le radiologue grogna en voyant l'absence de bracelet et le truquage du dossier, moins complaisant que l'urgentiste.
« Si on commence à faire des trucs comme ça... Enfin faut ce qu'il faut. »
Et puis on lui banda la cheville bien serré et on le renvoya attendre auprès de Dave. Il y avait juste assez de la place sur ce chariot pour s'y serrer à deux.
« Ça va ? T'es bien silencieux.
- J'ai honte de m'être blessé si stupidement.
- Et moi alors... »
Il lui frotta doucement la jambe pour essayer de le réconforter, à bonne distance du pansement. Depuis combien d'années n'avaient-ils plus de maman pour leur faire des bisous magiques qui guérissent tout, déjà ? Les Sœurs n'avait jamais pris le relai là-dessus et ça faisait bien longtemps qu'ils avaient passé l'âge pour ça, maintenant.
« Tu as mal ?
- Non, plus trop. Toi ?
- Ça va. Dis tu es sûr ? Je te trouve toujours bien pâle. Je peux leur demander un anti-douleur si tu veux, hein.
- Non, non. Je suis juste un peu fatigué. Tu... tu crois que je peux leur demander juste un verre d'eau ? J'ai encore la gorge sèche d'avoir couru. Et peut-être un sucre, aussi ?
- C'est vrai qu'on n'a pas encore dîné avec ces conneries. J'appelle l'infirmière.
- Non, ne t'embête pas, ne les embête pas. Ça peut attendre qu'elle repasse.
- J'ai quand même peur que ça soit pas ici qu'on aura un plateau repas...
- En fait, ta pizza a été aplatie avec ton scooter ?
- Nan ! Coup de chance, je revenais d'une livraison et je retournais au restau quand ça c'est produit. J'te jure j'étais furieux.
- J'imagine.
- Si le scoot n'avait pas été aussi plié je serais reparti. Mais il pouvait plus redémarrer et quelqu'un avait déjà appelé les flics de toute façon. L'ambulance a suivi et ils ont rien voulu entendre. Merde...
- Tu as vraiment eu peur ?
- Pas sur le moment, en fait. Après oui, quand il y a eu toute cette agitation autour, que j'ai réalisé que c'était pas passé loin et que j'étais dans les emmerdes jusqu'au cou ensuite.
- Est-ce que tu risques vraiment de te faire virer ?
- Normalement non... mais le patron ne m'aura pas à la bonne après, et au moindre problème plus tard, couic sans doute. Mais t'inquiète pas, on va s'en sortir. »
En fait d'infirmière ce fut le médecin qui revint les voir.
« Alors pour le petit la bonne nouvelle c'est qu'il n'y a pas de fracture osseuse ni de déchirure ligamentaire ou musculaire.
- Il y en a une mauvaise ?
- Ça va faire encore un peu mal et il va falloir éviter de marcher quelques jours. Il faudra commencer à mobiliser ta cheville progressivement sans faire porter de poids dessus quand la douleur diminuera. En attendant tu as un sacré hématome mais rien de bien méchant. Et pour le grand c'est bon, si aucun symptôme n'est apparu depuis ?
- Non.
- On te libère. Allez zou, dehors tous les deux, faites-moi de la place pour les cas vraiment sérieux ! »
Ils n'avaient pas besoin de se le faire dire deux fois. Le temps de signer sa décharge... au lieu de filer comme ils l'auraient voulu, ils clopinèrent doucement vers la sortie, se soutenant mutuellement.
Dave arborait quelques pansements, se vit fixer une atèle au genou et refiler une paire de béquilles dont il n'avait pas réellement besoin lui-même mais qui allaient être utiles à Howard.
Howard n'avait plus si mal, physiquement, mais il sentit revenir une angoisse sourde d'avoir fait empirer la situation. Il voulait se croire capable de marcher tout seul et regrettait l'ordre du médecin de ne pas le faire du week-end au risque d'aggraver sa blessure. Il devrait être là pour seconder Dave après son accident, et pas l'inverse !
« On va s'en sortir, » répéta Dave encore une fois.
Auteur :
Base : LastMan, cartoon
Personnages : Dave & Howard McKenzie
Genre : hurt/comfort
Gradation : PG / K+
Légalité : propriété de Balak Vivès Sanlaville & Périn ; je ne cherche ni à tirer profit ni à manquer de respect.
Thème : «mishap» d’après
Continuité/Spoil éventuel : pré série - Dave : 19/20 ans, Howie 16/17
Nombre de mots : ~2400
Ça ne ressemblait pas à Dave d'avoir plus d'un quart d'heure de retard. Pour qu'il ne soit pas là à l'heure où il était censé récupérer son frère pour le weekend, c'est qu'il s'était produit un incident grave. Il n'était pas du genre à oublier. Si un obstacle se mettait en travers de sa route, dans ces cas-là, il le contournait en vitesse. Une course à l'autre bout de la ville ? Il y avait toujours moyen de l'échanger avec un collègue. Un embouteillage monstrueux qui lui barrait le passage ? Il se faufilait par des chemins alternatifs.
Une heure entière de retard, c'était bien trop. Au bout d'une demi-heure, Howard était déjà persuadé qu'il s'était passé quelque chose d'anormal et que ça ne servait à rien d'attendre plus longtemps, mais il lui fallut guetter un moment opportun pour feinter et échapper au surveillant. La pluie froide de novembre rendait tout morose à l'extérieur. L'heure tardive, le ras-le-bol général de cette tâche ingrate et de ce temps pourri, un bruit de moteur dehors gronda alors qu'il était occupé à faire signer un autre tuteur ;
« Ah c'est mon frère, j'y vais, bon weekend ! »
Il savait pertinemment que c'était une autre moto, mais courut quand même. Et ne s'arrêta pas.
Il était moins isolé sur ce campus qu'il n'avait été à l'internat, il y avait des bus qui le ramèneraient vers le centre-ville au besoin, même si à cette heure tardive ça n'était pas recommandé. Il ne voulait pas attendre le prochain passage, trop long. Il préférait courir.
Il pouvait aller directement à la pizzeria où Dave travaillait et l'attendre sur place, mais c'était loin et il faudrait soit attendre le bus un bon quart d'heure soit marcher directement, dans tous les cas se faire tremper en chemin. Ou il pouvait prendre le risque de téléphoner et demander de ses nouvelles, et peut-être mettre son patron en colère contre lui.
Il trouva une cabine en état de fonctionnement, réunit ce qu'il avait de monnaie, et appela. Il connaissait le numéro par cœur.
Il se présenta, s'excusa pour le dérangement, et demanda. On le fit attendre.
La pluie redoublait et battait les vitres de la cabine.
« McKenzie ? Il a été renversé en scooter, il est à l'hosto. »
Ensuite, Howard ne se souvient plus bien du reste succint de la conversation. Seulement qu'il s'est remis à courir. Il savait que c'était une réaction illogique, voire complètement stupide, que ça ne changerait rien : si Dave était mort, à quoi bon ? S'il était blessé, ça ne serait pas sa présence qui l'aiderait. Mais si c'était grave, s'il était à l'agonie, si vraiment les minutes comptaient... Il ne voulait pas qu'il meure. Il ne fallait pas qu'il pense comme ça. Il voulait être à ses côtés le plus vite possible, et il n'avait pas d'autre moyen pour le rejoindre. Heureusement que Dave avait insisté pour qu'il travaille son endurance...
Il se rendait à peine compte de ce qui se passait autour de lui, des autres piétons qu'il évitait, des flaques qu'il n'essayait même pas de sauter. Les mêmes pensées angoissées tournaient sans relâche dans sa tête. Il glissa sur une plaque d'égout mouillée, se cogna le genou, se releva d'un seul mouvement et continua à courir.
Il savait abstraitement que le trajet lui prendrait vingt longues, longues minutes, mais il n'avait plus la notion du temps ni des distances. Arrivé devant les urgences, il était quand même à bout de souffle et il dut se forcer à s'arrêter quelques instants pour reprendre haleine avant de pouvoir aller demander à l'accueil.
« Non non, je n'ai pas besoin d'aide moi-même ; je cherche mon frère. On m'a dit qu'il avait eu un accident de la route et qu'on l'avait amené ici.
- Alors voyons ça...
- McKenzie, Dave, septembre...
- Trauma léger, box 2. Au fond du couloir, sur la gauche. »
Howard remercia et longea le couloir d'un pas mal assuré. Après sa course folle, il avait les jambes un peu flageolantes. Il doubla plusieurs brancards stationnés, essayant de ne pas regarder leurs occupants et d'imaginer Dave à leur place. De l'autre côté d'un rideau, il entendit sa voix de Dave qui gueulait... de colère, pas de douleur.
« Mais vous ne comprenez pas, il faut absolument que j'aille chercher mon frère à l'école ! Il est encore mineur et il n'a pas le droit de sortir sans autorisation. Non on n'a personne d'autre qui puisse s'en charger ! »
Il n'y avait pas d'endroit où frapper alors il écarta simplement un peu le rideau pour s'annoncer.
« Dave. Euh. Je suis là. »
Une blouse blanche debout à son chevet, clipboard en main, fit volte-face et lui passa devant sans se présenter.
« Parfait, tu pourras peut-être le raisonner. »
Et sans un mot de plus, disparut s'occuper d'un autre cas.
Il y avait un tabouret à roulette en face du chariot de Dave. Howard s'y laissa tomber avec un soupir de soulagement.
« Qu'est-ce qui s'est passé ?
- Un connard m'a refusé la priorité et quand j'ai voulu freiner ça a dérapé. La roue avant est pliée, j'ai dû prévenir le patron et il est furieux, et ils m'ont embarqué de force.
- Tu n'as rien de grave ?
- Quelques hématomes, quelques écorchures, rien en soi, mais ces charlots veulent me garder.
- Trois heures en observation pour éliminer toute suspicion de commotion cérébrale, » précisa une autre blouse qui traversait le couloir pour accéder au box voisin, sans s'attarder non plus. Drôle de façon qu'ils avaient, d'observer leurs patients en coup de vent...
« J'ai déjà eu des commotions cérébrales avant, si c'était le cas je le saurais. Et ça fait déjà deux heures que je suis coincé là ! »
Au lieu de finir de rassurer Howard, cette idée l'inquiéta de nouveau.
« Ne t'avise pas de te tuer bêtement !
- Mais ça va, c'est le casque qui a tout pris.
- Encore heureux que tu en avais un. »
La blouse blanche fit son retour et Howard se leva par réflexe à son approche.
- douleur -
il se retrouva à genoux sur le carrelage froid, les deux mains enserrant sa cheville, réprimant un cri.
Ça lançait le long de la jambe, un voile gris lui tomba devant les yeux.
Il entendit Dave l'appeler, paniqué.
Quelqu'un se pencha sur lui, l'attrapa aux épaules et le força à toucher au sol.
« Sois gentil et ne me fais pas un malaise vagal, d'accord ? Ça complique toujours les choses. »
Il battit des paupières furieusement. Il n'y voyait pas clair mais savait qu'il n'avait pas perdu conscience, qu'il n'allait pas perdre conscience pour autant.
« Mais ça va, protesta-t-il.
- Oui, oui. Entre le contre-coup de l'émotion et une douleur subite on ne va prendre aucun risque.
- C'est vrai que t'es tout blanc, dis...
- Qu'est-ce qui t'est arrivé ? »
Il se souvenait à peine de sa chute, tellement préoccupé qu'il était sur le moment.
« J'ai glissé en venant tout à l'heure, je crois que j'ai dû me tordre la cheville à ce moment-là. »
Entre le sentiment d'urgence et le froid ambiant il n'avait rien senti. Maintenant qu'il se retrouvait au chaud et presque rassuré, sa cheville avait eu tout loisir d'enfler et se rappeler à lui.
« Ouille, on dirait que ça a doublé de volume...
- Et tu as continué à courir là-dessus ?
- Je voulais arriver le plus vite possible. »
Dave, d'inquiet, était maintenant furieux.
« C'est quoi la règle numéro un en secourisme, Howard ?
- Euh. Ne pas créer de sur-accident »
Et il en avait créé un de façon complètement stupide. Il avait eu raison de trouver sa réaction excessive illogique, il aurait dû se calmer et se forcer à agir plus posément...
« Je suis désolé. J'avais peur pour toi, d'accord ?
- Ok, ok. T'énerve pas. »
Dave se radoucit.
« Je sais. J'ai eu peur aussi quand j'ai eu cet accident, c'est bien pour ça que je ne veux pas qu'il t'arrive quoi que ce soit non plus. »
De sa posture allongée inconfortable et humiliante au sol, Howard eut l'impression que le médecin qui suivait leur échange sans rien dire s'en amusait. Il sentit le sang lui revenir au visage d'un coup.
« J'ai le droit de me relever maintenant ?
- Si tu fais attention. On va examiner ça rapidement. Ton frère va te faire une petite place, hm ? »
On l'installa au bord du chariot de Dave, la jambe relevée, reposant en travers des siennes.
« Vas-y pose-toi-là. Ça craint rien.
- Oh. Ton genou... ça va ?
- Ouais. C'est marrant, il m'a percuté là à l'extérieur mais c'est l'autre côté qui a l'air d'avoir tout pris. Je crois que ça a pas aimé quand ça a cogné contre le scooter. Enfin bon ils ont dit que ça n'était pas cassé. C'est juste enflé. Bienvenue au club ?
- Et une deuxième poche de glace pour le box 2... Retire aussi ton deuxième soulier, j'aurai besoin d'examiner tes deux chevilles en parallèle. Tu as des antécédents à signaler ?
- Euh, non.
- Faudra quand même demander ton dossier d'admission à l'accueil.
- C'est vraiment nécessaire ?
- Pourquoi tu t'en inquiètes ? Profite d'avoir une assurance santé étudiant. Moi en théorie j'en ai une quand je travaille mais je suis sûr que le patron va me faire des misères derrière...
- Euh. Oui mais en fait... comme je suis parti en cachette du surveillant censé cocher les sorties, si ça se trouve ils ne vont pas être d'accord pour me couvrir ? »
Le médecin émit un bruit dubitatif, puis proposa,
« Écoute, on commence par te faire passer cette radio, puis selon ce qu'on y trouve ou pas on avise et on t'ouvre un dossier. »
En attendant, il recopia le numéro du bracelet de Dave au stylo directement sur le poignet de Howard et ajouta une note explicative sur son dossier. Puis on le colla sur une chaise roulante, on l'embarqua le long d'un couloir et on le fit attendre longuement.
Le radiologue grogna en voyant l'absence de bracelet et le truquage du dossier, moins complaisant que l'urgentiste.
« Si on commence à faire des trucs comme ça... Enfin faut ce qu'il faut. »
Et puis on lui banda la cheville bien serré et on le renvoya attendre auprès de Dave. Il y avait juste assez de la place sur ce chariot pour s'y serrer à deux.
« Ça va ? T'es bien silencieux.
- J'ai honte de m'être blessé si stupidement.
- Et moi alors... »
Il lui frotta doucement la jambe pour essayer de le réconforter, à bonne distance du pansement. Depuis combien d'années n'avaient-ils plus de maman pour leur faire des bisous magiques qui guérissent tout, déjà ? Les Sœurs n'avait jamais pris le relai là-dessus et ça faisait bien longtemps qu'ils avaient passé l'âge pour ça, maintenant.
« Tu as mal ?
- Non, plus trop. Toi ?
- Ça va. Dis tu es sûr ? Je te trouve toujours bien pâle. Je peux leur demander un anti-douleur si tu veux, hein.
- Non, non. Je suis juste un peu fatigué. Tu... tu crois que je peux leur demander juste un verre d'eau ? J'ai encore la gorge sèche d'avoir couru. Et peut-être un sucre, aussi ?
- C'est vrai qu'on n'a pas encore dîné avec ces conneries. J'appelle l'infirmière.
- Non, ne t'embête pas, ne les embête pas. Ça peut attendre qu'elle repasse.
- J'ai quand même peur que ça soit pas ici qu'on aura un plateau repas...
- En fait, ta pizza a été aplatie avec ton scooter ?
- Nan ! Coup de chance, je revenais d'une livraison et je retournais au restau quand ça c'est produit. J'te jure j'étais furieux.
- J'imagine.
- Si le scoot n'avait pas été aussi plié je serais reparti. Mais il pouvait plus redémarrer et quelqu'un avait déjà appelé les flics de toute façon. L'ambulance a suivi et ils ont rien voulu entendre. Merde...
- Tu as vraiment eu peur ?
- Pas sur le moment, en fait. Après oui, quand il y a eu toute cette agitation autour, que j'ai réalisé que c'était pas passé loin et que j'étais dans les emmerdes jusqu'au cou ensuite.
- Est-ce que tu risques vraiment de te faire virer ?
- Normalement non... mais le patron ne m'aura pas à la bonne après, et au moindre problème plus tard, couic sans doute. Mais t'inquiète pas, on va s'en sortir. »
En fait d'infirmière ce fut le médecin qui revint les voir.
« Alors pour le petit la bonne nouvelle c'est qu'il n'y a pas de fracture osseuse ni de déchirure ligamentaire ou musculaire.
- Il y en a une mauvaise ?
- Ça va faire encore un peu mal et il va falloir éviter de marcher quelques jours. Il faudra commencer à mobiliser ta cheville progressivement sans faire porter de poids dessus quand la douleur diminuera. En attendant tu as un sacré hématome mais rien de bien méchant. Et pour le grand c'est bon, si aucun symptôme n'est apparu depuis ?
- Non.
- On te libère. Allez zou, dehors tous les deux, faites-moi de la place pour les cas vraiment sérieux ! »
Ils n'avaient pas besoin de se le faire dire deux fois. Le temps de signer sa décharge... au lieu de filer comme ils l'auraient voulu, ils clopinèrent doucement vers la sortie, se soutenant mutuellement.
Dave arborait quelques pansements, se vit fixer une atèle au genou et refiler une paire de béquilles dont il n'avait pas réellement besoin lui-même mais qui allaient être utiles à Howard.
Howard n'avait plus si mal, physiquement, mais il sentit revenir une angoisse sourde d'avoir fait empirer la situation. Il voulait se croire capable de marcher tout seul et regrettait l'ordre du médecin de ne pas le faire du week-end au risque d'aggraver sa blessure. Il devrait être là pour seconder Dave après son accident, et pas l'inverse !
« On va s'en sortir, » répéta Dave encore une fois.