malurette: (mad scientist)
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Série : Criminel
Titre : Premiers soins
Auteur : malurette">
Base : LastMan
Personnages : Howard McKenzie, Dave McKenzie, des OCs
Genre : médical
Gradation : PG-13 / T
Légalité : propriété de Balak, Vivès, Périn, etc ; je ne cherche ni à tirer profit ni à manquer de respect

Continuité/Spoil éventuel : pré-série/épisodes 17 & 25
Fork : l'éclat de miroir tenu horizontalement
Nombre de mots : 2500+

***

Au triage des urgences Howard se contenta d’une explication des plus laconiques, ne voyant pas d’intérêt à ajouter le moindre détail supplémentaire.
« J’ai une plaie pénétrante à la paume droite. Ça a beaucoup saigné, je crois que j’ai réussi à maîtriser l’hémorragie mais qu’il faudra quand même des points de suture.
- Et un problème à la tête aussi, ajouta Dave.
- Non, non, ce ne sont que des écorchures, ça n’est pas grave. »
Dave eut un geste que Howard ne comprit pas. Concentré sur le dossier d’admission qu’on lui avait remis et qu’il avait à remplir, il ne prêta pas attention aux quelques mots que Dave glissa à l’employée. Sa main droite refusait de fonctionner, mais il n’allait pas laisser ça l’arrêter.
Son numéro identifiant personnel, sa date de naissance, ça c’était facile à noter. Les chiffres, même de la main gauche, ça allait. Ses nom et prénoms en lettres capitales, en s’appliquant, c’était lent à tracer mais ça allait aussi. Son adresse personnelle, sa profession – même sans se demander si étudiant comptait ou pas – et les détails de son état et ses éventuels antécédents médicaux, là, ça devait nettement plus ardu à mettre sur papier.
Dave s’en avisa.
« Tu as besoin d’aide ? »
Howard interrompit son geste et relut les informations qu’il avait péniblement inscrites jusque là. Il dut admettre que oui. Et qu’était-il venu faire auprès de Dave, avant que Raghan ne l’attaque, si ce n’était demander de l’aide ? Même si ça heurtait sa fierté personnelle, de ne plus être capable d’écrire et de s’en remettre à son frère tellement moins porté que lui sur la réussite académique…
« S’il te plaît, oui. Je crois que je ne m’en sortirai pas tout seul là-dessus. »

Une fois son dossier d’admission rempli et forcé d’attendre longuement son tour, il s’efforça de rattraper le temps perdu. Le dossier ne comportait pas de feuille volante qu’il aurait pu récupérer, mais il y avait un présentoir d’information pas loin avec une quantité impressionnante de brochures sur les sujets de santé les plus divers. Il en dénicha un avec suffisamment d’espace libre. Le stylo dans sa main gauche crispée, serrant les dents, il traça péniblement en grosses capitales d’imprimerie tremblantes les trente et un noms. Celui de Charles se retrouva très bas dans la liste. Les yeux brûlants, il le biffa.
« Mais tu fais quoi ? » râla Dave.
Sans répondre, il lui tendit le papier.
« Garde-le avec le livre, s’il te plaît. On ne sait jamais.
- C’est quoi ? C’est qui ?
- Je… t’expliquerai plus tard. Quand ça ira mieux. »
Pour l’instant, il se sentait trop épuisé pour fournir le moindre effort supplémentaire.

La salle d’attente des urgences était un endroit affreux, avec ses néons blafards, dont un ou deux qui clignotaient : c’était un coup à aggraver les maux de tête de ceux qui en souffraient déjà ; un enfant qui pleurait, quelqu’un qui toussait. Il espérait ne voir ni entendre personne vomir.
Lui-même, il haletait malgré lui.
« Heh, du calme. Essaie de respirer profondément, OK ? »
» Ça va aller. On va s’occuper de toi.
» Tu as mal ? »
Howard ne répondit pas. Oui, il avait mal, mais ça n’était pas insurmontable non plus. Il avait surtout besoin de calme. Dave héla le personne soignant passant à sa portée ;
« C’est possible de lui donner quelque chose pour la douleur ?
- Pas tant qu’un médecin ne l’a pas examiné et donné son autorisation. Patience, ça ne devrait plus être très long. »

Dans la posture classique du traumatisé du membre supérieur, comme les médecins l’appellent, Howard protégeait sa main blessée en soutenant son avant-bras droit de sa main gauche, tout contre son torse. Tant pis pour le sang qui imbibait lentement mais sûrement son veston.
Gagné peu à peu par la fatigue et le découragement, il finit par appuyer ses deux avant-bras croisés sur ses genoux, penchant la tête de plus en plus.

« Tu t’es fait ça exprès ? demanda brusquement Dave.
- Quoi ?
- Ta main. La coupure. Tes histoires de démon. Tu t’es coupé exprès pour un rituel à la mords-moi-le-nœud ou quelque chose ?
- Non ! Non… c’était… c’était un accident. Le miroir s’est brisé. Je me suis coupé avec le verre. En le ramassant. »

Comment pouvait-il expliquer ça ? Comment pouvait-il s’expliquer ça, admettre ce qui s’était passé ? Dave ne le croirait pas. Il n’avait apparemment pas vu le tentacule de Raghan. Il s’imaginait des trucs complètement faux et croyait qu’il affabulait. Les médecins non plus ne le croiraient pas, et de toute façon, qu’avaient-ils besoin de savoir ? Il avait juste besoin qu’on nettoie et recouse sa blessure, rien de plus. Ensuite. Ensuite…

Tassé sur une chaise en plastique inconfortable de la salle d’attente des urgences, il se referma complètement. Il aurait voulu pouvoir se rouler en boule dans un coin, dormir et oublier purement et simplement tout ce qui était arrivé. Si seulement rien n’était arrivé. S’il pouvait revenir en arrière…
Est-ce que Dave pouvait faire disparaître les monstres, comme quand ils étaient petits ?
Il suffirait de fermer les yeux, s’endormir… il se sentit partir.
La sensation de chute et une main qui s’abattit sur son épaule le tirèrent brusquement de sa torpeur. Réveillé en sursaut, le cœur battant, le souffle court, le front en sueur, et sa main qui le lançait toujours sourdement, il réalisa que ça n’était pas juste de la fatigue, ni le contre-coup de l’adrénaline qui diminuait après un pic. Il devait avoir perdu vraiment beaucoup de sang et s’être affaibli.
« Ça va ? T’es bien pâle. Tu veux que j’essaie d’insister pour qu’ils te voient rapidement ?
- Non, pas la peine. »

De fait, les portes des urgences s’ouvrirent à la volée pour laisser passer trois brancards coup sur coup, autour desquels du personnel de premiers secours et des urgentistes en grand nombre s’agitaient.
« Ça, c’est peut-être un accident de la circulation, mais je pencherais plus pour une fusillade. Tout ce qui n’est pas en train de mourir dans les dix minutes va passer à la trappe et attendre encore une heure de plus, je parie. »
Dave s’éloigna quand même pour aller parlementer.
« Écoutez, il prétend avoir invoqué des démons ou je ne sais quoi et essayer de passer dans un monde parallèle, s’il n’est pas fêlé vous appelez ça comment ? Ça dure depuis des années. Je pensais que ça finirait par lui passer mais non, il continue à y croire dur comme fer. »

Howard n’avait même plus assez d’énergie pour s’agacer de l’impatience de Dave. Il prenait tout avec résignation, maintenant.
« Arrête de les embêter, ça ne sert à rien, tu sais.
- Je veux être sûr qu’ils n’oublieront rien.
- Et tu n’as pas besoin de rester ici. Je peux gérer à partir de là, je t’assure.
- Pas question.
- Mais tu ne devrais vraiment pas être encore là. Sérieusement. Tu devrais quitter la ville. Le plus vite possible.
- Howard. Arrête. J’ai trouvé un sponsor pas plus tard que ce soir. Ma carrière est enfin en train de démarrer vraiment. Je ne vais pas tout jeter par terre à cause de tes délires.
- Mais je t’assure…
- Écoute. Tu es mon frère et je t’aime et ça ne changera jamais et je ne te laisserai jamais tomber, mais là j’en peux plus. Et si je rate cette opportunité, je t’assure que je vais réussir à te détester en même temps.
- …Tu n’es pas obligé de rester, je t’ai dit.
- T’es malade, Howard. T’as besoin d’aide. Et je partirai pas tant que je serai pas sûr que tu l’as obtenue. »

Malgré les efforts de Dave pour demander à ce qu’il voie au moins un psychiatre en attendant, au bout de deux heures, il finit enfin par voir un interne pour sa main, sans que rien n’aie été fait pour son apparente déconnexion d’avec la réalité.

Quand on vint enfin le chercher, il refusa la proposition d’une chaise roulante pour l’amener jusqu’à la salle d’examen, mais dut quand même recevoir le soutien de Dave pour marcher et s’y rendre.

« Alors, la lacération de la main… Monsieur McKenzie ?
- Oui.
- C’est à nous. Voyons un peu ça…
… ça fait combien de temps que vous avez ce garrot ?
- Je ne sais plus. Je crois que j’ai un peu perdu la notion du temps depuis que c’est arrivé.
- Ça fait deux heures qu’on attend. Et ça veut dire que tu l’avais forcément avant. Avant de venir me chercher. Ça peut faire au moins trois heures !
- Et vous ne l’avez pas signalé à l’accueil ?
- Ils n’ont pas demandé.
- Vous n’êtes pas censé garder un garrot plus d’une heure. Passé ce délai, l’ischémie prolongée peut provoquer une nécrose. Le plus urgent est de rétablir la circulation sanguine. »

En un coup de ciseau, malgré les protestations de Howard sur ses craintes que ça se remette à saigner, le médecin sectionna le tissu qui comprimait les chairs du bras et les vaisseaux sanguins qu’elles contenaient. D’abord, il ne se passa rien. Puis la douleur s’intensifia. Et un peu sang perla effectivement à nouveau.

Le sang se remit à jaillir. L’artère, n’étant plus alimentée en amont, en l’absence de débit sanguin s’était collabée, mais, faute d’apport d’éléments coagulants n’avait pas pu cicatriser pour autant. La circulation rétablie, le saignement repris lui aussi.
« Ça saigne !
- Oui, ça saigne. C’est bon signe, ça veut dire que les tissus sont vivants. Donc la bonne nouvelle déjà, c’est que la perfusion se fait encore. »
Après avoir manipulé un peu ses doigts, il tempéra
« Et la mauvaise, c’est qu’évidemment ça n’est pas total.
- Et ça saigne. »
Parlant de perfusion, l’infirmière posa une voie. Pour prélever un échantillon sanguin – comme s’il n’en avait pas déjà assez perdu comme ça ! – administrer des fluides, et au besoin injecter des médicaments s’il le fallait.
Les mouvements basiques qu’on lui demanda d’exécuter étaient au mieux douloureux et difficiles, au pire complètement impossibles. Plusieurs zones avaient perdu toute sensibilité et leur mobilité avec, d’autres faisaient tellement mal qu’il aurait préféré ne plus les sentir non plus. Et ça saignait toujours.

« Il faut arrêter ce saignement…
- Bien sûr, mais pas tout de suite. D’abord, on va laisser les tissus se reperfuser un peu, recevoir l’oxygène qui leur a cruellement manqué, évacuer les toxines, les produits de dégradation…
» Ne vous inquiétez pas. C’est maîtrisé. On vous donne en ce moment-même des fluides de remplacement. Si la perte sanguine devient trop importante et que le sérum physiologique ne suffit plus, on procédera à une transfusion. Mais il ne devrait pas être nécessaire d’en arriver à cette extrémité.
» Ensuite, on va clamper l’artère. Heureusement, la seconde branche de l’arcade a l’air intacte. Ensuite, on rafistolera tout proprement. Le temps de trouver un chirurgien orthopédique et un créneau de bloc opératoire…
» Vous êtes à jeun depuis combien de temps ? »
La pizza du vendredi soir avec Benji, Thomas et Charles. Combien de siècles auparavant… une époque aussi reculée que la première guerre des Roitelets !
« Trois, quatre heures, peut-être ?
- Vous avez des allergies ?
- Pas que je sache.
- Un traitement en cours ?
- Aucun. »

La recherche systématique de toxiques revint négative, que ce soit un traitement légitime ou des drogues illicites. Une légère alcoolémie – deux ou trois bières dans la soirée, des heures, une vie entière auparavant. Vraiment rien de dangereux. Ça n’expliquerait pas les hallucinations, en tout cas.

« De l’alcool, s’indigna Dave. Parce que tu as bu, avant..?
- Oh, ça va. Deux bières. Avec des. Avec des camarades d’université. On est vendredi soir.
- L’alcool ralentit la coagulation, vous savez. Enfin, vu l’étendue de la plaie, vous n’êtes pas à ça près non plus.
- Papa aussi fonctionnait avec deux bières, je te rappelle.
- Tous les jours de la semaine et toutes les heures du jour. Je n’en prends que le vendredi ! Et peu.
- Et ta soirée de fin de partiels ?
- C’était exceptionnel. Et je ne le referai plus, c’était trop déplaisant. »

Le docteur interrompit leur dispute naissante en tapotant son clipboard, les ramenant à la réalité.
« Bon, on ne va pas pouvoir vous opérer avant plusieurs heures, voire même demain, mais en attendant on va vous mettre tout de suite sous antibiotiques. Une plaie pénétrante qui est restée exposée plusieurs heures sans la désinfecter du tout, ça aussi ça risque de devenir vite déplaisant. Pour la reconstruction, ça va demander de la micro-chirurgie et ça risque de prendre du temps.
- Mais je ne peux pas me permettre d’en perdre encore plus !
- Oh que si. Ça va te faire du bien d’être au repos forcé et d’expliquer au docteur tes histoires de démons.
- Mais pour ça je vais vous demander de sortir. Ce genre d’entretien doit se faire entre le patient et le praticien exclusivement, sans influence extérieure.
- Mais ! »
Dave eut l’air exaspéré. Howard se sentit réellement paniqué. Non, même s’il voulait que Dave arrête d’insister sur ce sujet en présence de tiers, tout bien considéré il ne voulait pas se retrouver tout seul face à eux, sans lui pour apporter une présence solide et rassurante. Il avait juste besoin qu’on soigne sa main, qu’on le laisse se reposer un peu, et puis ensuite il faudrait retrouver Raghan et l’empêcher de nuire…
Mais les médecins, pour l’instant, négligeaient sa main et se mirent en tête de lui poser une quantité de questions sans rapport avec.

« Bon. Votre frère nous a signalé que vous vous étiez cogné la tête. On va examiner ça aussi et procéder à un bilan neurologique.
- Cogné c’est un bien grand mot.
- On va quand même regarder ça de près. »

Les examens physiques furent expédiés rapidement, pour être suivis par un interrogatoire interminable qui lui fit penser à un test de QI. Il répondait facilement à certaines questions, mais s’énerva sur d’autres dont il ne comprenait pas le bien-fondé. Et puis il était si tard. Il faisait régulièrement des nuits blanches à travailler sur de grands projets les années précédentes, il en était capable, mais là ce soir il se sentait épuisé ; pas la force d’aller au fond des choses. Le problème c’est que plus il rechignait à donner une réponse claire et directe, plus le médecin insistait et semblait en inventer d’autres. Difficile de conclure de manière certaine qu’il était cohérent et orienté s’il éludait la moitié des questions et refusait de donner tous les détails qu’on lui demandait…
« Si, je sais ce qui m’est arrivé. Mais en quoi ça vous regarde ?
- Si c’est comme le garrot que vous avez omis de signaler, il faut s’assurer qu’on ne passe pas à côté de quoi que ce soit qui pourrait vous sembler trivial mais qui a en fait une importance cruciale.
» Bon, je vois qu’on n’arrivera à rien de plus pour l’instant. On va vous laisser vous reposer un peu et on réessaiera plus tard. Pas comme si j’avais que ça à faire non plus… »

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