Titre : Kiss your carreer goodbye
Auteur :
malurette
Base : LastMan (cartoon)
Personnagess : Dave & Howard McKenzie
Genre : gen/drama
Gradation : PG / K+
Légalité : propriété de Balak, Vivès, Périn, etc ; je ne cherche ni à tirer profit ni à manquer de respect.
Thème : "ripped " d’après
15kisses (déchiré)
Continuité/Spoil éventuel : pré série –
Avertissements :
Nombre de mots : 2500
***
Même si sa vie semblait enfin bien rouler, Dave avait quand même régulièrement l’impression d’avoir tiré le mauvais numéro au départ et s’être fait sérieusement avoir. Enfin. Il se disait alors que ça pourrait toujours être encore pire, après tout, et qu’il se débrouillait malgré les désagréments et les galères à répétition. Se battre avec son emploi du temps, ses factures et son frère, ça faisait partie de la routine, désormais. Que des tuiles imprévues lui tombent dessus… ça l’agaçait toujours mais ça ne le surprenait plus.
Il eut de la chance tout au long de sa carrière et même s’il se fit vraiment fait peur quelques fois au final il ne lui arriva jamais rien de vraiment sérieux, même pas un claquage. Le pire qu’il ait eu à subir ce fut une foulure au poignet, quelques contusions, bon, et les plaies et les bosses obligatoires quand on pratique un sport de combat.
Il en connaissait d’autres pas aussi chanceux. Il fut témoin de ce qui arriva à Valenti, en suivit de près les conséquences, et se jura de ne jamais en arriver là à son tour.
Il n’avait pas supporté du tout de s’arrêter temporairement... et avait au final dû arrêter définitivement. La carrière de Valenti était finie avant même d’être commencée. Après s’être blessé bêtement, même pas pendant un match officiel mais lors d’un entraînement et déchiré un tendon dans le genou, son médecin et le coach l’avaient mis au repos… mais pas assez longtemps. Qu’il n’ait pas été suivi d’assez près, ou qu’il ait décidé d’ignorer les recommandations, les autres boxeurs du club ne savaient pas trop, ça ne les regardait pas.
Ça se savait qu’il prenait des anti-inflammatoires pour traiter ses lésions, des anti-douleur pour fonctionner ; rien que de très normal. Il n’était pas du genre à avaler n’importe quoi et à abuser des médicaments. Et pourtant, il en prit peut-être quand même trop, qui sait ? Il disait qu’il ne sentait plus rien et donc qu’il pouvait reprendre l’entraînement.
Mais c’était trop tôt, il força beaucoup, ralentit sa guérison et empêcha qu’elle se fasse complètement. Même s’il avait toujours ses deux bras, ça n’était plus possible de boxer sur une seule jambe. Ses appuis étaient trop perturbés, il enchaînait chute sur chute, accumulant les traumas ; à force d’insister il aggrava sa blessure au point de se bousiller définitivement la cheville.
Son souvenir au club resterait comme l’exemple de ce qu’il ne fallait pas faire. Alors un poignet foulé, à côté, même si c’était terriblement agaçant, c’était déjà moins grave en soi, et, angoissé par ce triste exemple, il le prit terriblement au sérieux.
Un mauvais geste pendant un entraînement, sa main se retourna et il sentit une brûlure fulgurer le long de son avant-bras. Il eut de la chance que le coach s’en aperçoive tout de suite et exige qu’il mette son bras au repos complet. Bon, c’était impossible : il devait quand même travailler, mais pendant trois semaines, il fut totalement interdit d’entraînement du tout. Il lui fila conseils et médicaments : garder une poche de glace dessus quand il pouvait, immerger son poignet dans de l’eau tiède avec un anti-inflammatoire effervescent, le garder immobilisé autant que possible et utiliser son autre main en attendant, comment le bander quand il n’aurait pas d’autre choix que d’utiliser ses deux mains et ne pourrait pas se permettre de porter une attèle trop volumineuse pour autant...
Il les appliqua scrupuleusement. Il bouillait d’envie de reprendre, oh, comme il comprenait Valenti ! C’était tellement nul d’être immobilisé, de rester sur le côté à regarder les autres progresser, à seulement rabâcher de la théorie et à s’inquiéter sur le fait de prendre du retard voire de régresser… Mais retenu par la crainte que son immobilisation puisse devenir définitive, il accepta de prendre son mal en patience et de temporiser.
Après s’être fait une véritable frayeur en réalisant qu’il s’en était manqué de peu qu’il subisse une déchirure réelle, il se raisonna en se disant que ça pourrait facilement être nettement pire, puisque son tendon aurait pu être abîmé.
Il avait de la chance, quand même, que ça ne soit pas arrivé à sa main dominante : il pouvait effectivement se débrouiller, jongler un peu, mais il restait obligé d’utiliser les deux pour conduire, et laissait quand même échapper des objets de temps à autre.
Comme il vivait seul, galérait à joindre les deux bouts, était obligé de travailler et ne pouvait pas se permettre de prendre des congés comme ça, il lui était impossible d’arrêter complètement de marcher pendant des semaines entières. Il fallait bien qu’il continue à gagner à sa vie et à s’occuper de lui-même ! Qui le ferait à sa place ? Maintenant qu’il était adulte il ne pouvait plus retourner à l’orphelinat juste comme ça pour qu’on prenne soin de lui.
Il n’avait personne pour s’occuper de lui s’il se retrouvait immobilisé – non, Howard ne comptait pas – et la possibilité bien réelle d’une blessure qui retarderait ou pire flinguerait sa carrière ne devait pas être négligée. Il se jura de se surveiller mieux, et après chaque incident, malgré sa rage, il le fit de près.
D’ailleurs, il hésita à laisser passer un weekend sans pouvoir venir en sortir Howard, même avec une très bonne raison, vu comment il lui en avait voulu la fois précédente… Sachant qu’il exagérait, il décida d’y aller quand même, et d’en profiter pour donner à Howard une leçon sur le tas :
« J’espère que t’es en forme : c’est toi qui conduis le scooter ce soir. Je monte à l’arrière et je te guide.
- Et pourquoi ça ?
- Parce que. »
Il soutint son regard quelques secondes.
« Non, sérieusement. Ça n’est pas que ça me dérange d’essayer mais ça me surprend. Qu’est-ce qui t’arrive pour que tout à coup tu décides de me confier ton engin ? après toutes les difficultés que tu fais d’habitude ? »
D’habitude, c’était Howard qui cherchait à taire ses difficultés et Dave que ça énervait et qui insistait pour qu’il soit plus ouvert. Reconnaissant l’ironie de la situation inversée, il céda.
« …OK, je me suis tordu le poignet. Rien de grave.
- Mais tu préfères ne pas prendre plus de risques. Je comprends ça, mais tu pouvais le dire clairement dès le départ, tu sais. »
Suggérer qu’il aurait pu ne pas venir du tout ou chercher à se faire remplacer et reconnaître ainsi ouvertement combien il détestait être prisonnier tout seul de cet orphelinat, en revanche, il n’en était pas capable. Mais c’était déjà un début, sans doute…
Howard s’exécuta sans plus rouspéter et de fait, s’en sortit mieux qu’il ne l’aurait cru.
« Du coup, tu as besoin d’aide pour autre chose ? C’est moi qui me colle à la cuisine aussi ? Tu auras besoin d’un coup de main pour… pour n’importe quoi d’autre, pour tout le reste ce soir ?
- La cuisine oui, le reste ça ira, merci. »
Ça n’était pas spécialement par gentillesse que Howard proposait, même s’il tenait beaucoup à son grand frère et par conséquent à son bien-être, plutôt le fait qu’il supportait mal l’incompétence, chez qui que ce soit. Y compris les souvenirs des quelques fois où lui-même s’était vu diminué.
D’ailleurs, il avait toujours peur de mal faire quelque chose qu’il ne maîtrisait pas encore, mais, raisonnait-il, ça vaudrait toujours mieux que de laisser faire quelqu’un qui risquait de tout faire tomber, ou d’aller trop lentement, ou de se blesser encore plus.
« Je parie que tu n’aimerais pas du tout vivre avec une main en moins.
- Dis donc, tu vas pas te mettre à persiffler ?
- Je persifflerais si je faisais des réflexions sur ton sport de brutes.
- Hey !
- Alors, tu as prévu quelque chose de particulier ? Je commence par quoi ? »
Des trucs super simples, forcément. Ça n’était pas plus compliqué que des travaux pratiques de chimie, et il se savait plutôt doué pour ça. Il suffisait de suivre les instructions, et il n’avait même pas la difficulté d’un vocabulaire technique pour des ustensiles spécifiques ou quoique ce soit, puisque Dave avait déjà sélectionné depuis longtemps des recettes qu’il pouvait réaliser avec le minimum vital de matériel. En étant un tant soit peu appliqué, ça allait tout seul.
Au passage, Dave réalisa qu’il aimait bien donner des directives et le coacher sans rien toucher lui-même. Cette découverte pourrait être utile plus tard…
« Tu as commencé par dire non pour tout le reste, mais, si tu es blessé, tu as des soins à faire ? des bandages à refaire ?
- Non, non. Juste une attèle. T’en fais pas, je me débrouille vraiment.
- Sûr ?
- Certain. »
Même si, on ne sait jamais, ça aurait pu être utile à Howard d’apprendre aussi quelques premiers soins sur le tas, il n’y en avait pas lieu cette fois-ci. Dave, une fois encore, mesurait sa chance de ne rien avoir de grave, rien d’irrémédiable. Il n’était même pas sûr d’en rester fragilisé : juste un peu froissé, pas arraché, avec des soins attentifs, il n’en garderait aucune séquelle.
Ça arriva donc une seule fois au cours de toute sa carrière. Déjà sérieux avant même si pas à l’abri d’un accident, il fit par la suite preuve d’encore plus de prudence pour être sûr que ça ne se renouvelle jamais.
De l’accident de scooter l’année suivante, qui n’était pas sa faute le moins du monde, il se tira avec des contusions, une engueulade de la part de son patron et la peur de se faire virer au moindre incident supplémentaire, mais rien de plus. Il avait quand même eu de la chance au final.
Bon, avec Howard qui s’était bêtement tordu la cheville juste après, ils se retrouvèrent bloqués à l’appart’ pour le week-end, immobilisés tous les deux. Deux heures après Howard prétendait être déjà sur pieds ; Dave refusa qu’il sorte tout seul pour autant. Il pesa l’idée de commander une pizza, mais craignit trop d’être maudit là-dessus et de causer un nouvel accident à un autre livreur innocent, et qu’elle n’arrive jamais. Et même s’il aurait pu se permettre, une fois de temps en temps, une dépense pareille, s’il voulait y réfléchir avec plus de prudence mieux valait considérer qu’il n’avait pas vraiment les moyens pour ça de toute façon. Il préféra taper dans ses conserves. La soupe en boîte c’était assez nul mais c’était de circonstance pour deux éclopés un triste soir d’automne pluvieux. Il en avait très peu de réserve, mais c’était bien suffisant pour deux jours et il referait les courses dès que possible, quand il serait sûr que son genou allait mieux.
Ils passèrent un week-end à ne rien faire – c’est-à-dire que Howard fit studieusement ses devoirs, au lieu de devoir les boucler à l’arrache entre deux aller-retour à la salle de sport, et Dave ne fit effectivement rien. Il avait une semaine d’arrêt devant lui. Le patron était furieux, lui aussi : c’était un manque à gagner terrible ; il avait une assurance quand il roulait sur le scooter, mais des indemnités pour les jours chômés ? ça, il pouvait toujours s’asseoir dessus.
Un peu de repos lui aurait fait du bien, si le fait de prendre du retard sur son programme d’entraînement ne l’agaçait pas autant.
Howard qui se sentait coupable d’avoir accidentellement rajouté à l’incident, essaya de se faire pardonner en prenant sur lui pour s’occuper de tout ce que Dave ne devrait pas faire.
« Pas question ! Tu restes gentiment posé toi aussi et tu ne m’aggraves pas la situation encore plus. Je t’assure, on peut se débrouiller deux jours comme ça sans problème.
- Oui, et la semaine prochaine quand je serai rentré au campus, tu feras comment ?
- Je serai assez remis d’ici là pour m’occuper de moi tout seul.
- Comment tu peux être si sûr ?
- Parce que j’ai l’habitude, tiens.
- De te faire démolir ?
- De voir les autres se démolir, disons.
- Si au moins ton sport de brutes te sert à quelque chose…
- Ouais : à essuyer moins de blessures, déjà.
- Et puis quoi encore !
- Plus tes muscles sont solides mieux ils protègent tes tendons, par exemple. Ça te ferait pas de mal de pratiquer la course à pied plus souvent… si tu peux le faire sans te vautrer bêtement, évidemment. »
Petites mesquineries nées de l’agacement mises à part, Dave avait raison sur ce point. La boxe ça n’était pas juste cogner aveuglément, il y avait beaucoup de théorie derrière. Il avait appris l’anatomie pour ça, et de la physiologie aussi, sur la façon dont le corps humain produit ou stocke son énergie, et se répare en cas de lésion. Son coach était sérieux là-dessus et encourageait fortement ses élèves à passer un brevet de secouriste, parce qu’on ne sait jamais.
Donc oui, il savait reconnaître et prendre en charge une fracture, une foulure, une commotion, des contusions, une coupure plus ou moins importante.
Howard en avait passé un aussi, le dernier été avec les Sœurs. On ne sait jamais, hein !
Dave et les Sœurs avaient vaguement nourri pour lui le projet qu’il devienne médecin ou quelque chose comme ça, juste parce qu’il était doué pour les études. Mais il n’avait pas toutes les ressources pour, et donc aucune envie de s’embarquer là-dedans. Certes, il était dur à la tâche, possédait une excellente mémoire et un bon esprit de déduction, il saurait sans doute poser un diagnostic, même difficile, mais pour ce qui était des qualités humaines, la relation au patient… peut-être pas.
Il s’était plutôt orienté sciences dures ; les sciences naturelles l’intéressaient moins. En revanche, il découvrit aussi l’histoire des sciences et la philosophie : ça ne lui apportait pas de savoir particulièrement utile à première vue, mais des possibilités nouvelles de raisonnement.
Et, oui, il en savait juste assez en biologie pour admettre qu’il connaissait la théorie comme quoi des muscles forts et des tendons souples ça devait protéger des blessures. En pratique, par observation directe, il savait aussi qu’on peut avoir trop de muscles, et qu’une puissance supérieure à ce qu’un corps peut endurer naturellement n’est pas forcément une bonne chose : mal échauffé, si on force trop dessus, la déchirure sera d’autant plus grave et de là vient un danger supplémentaire.
Dave, pourtant, s’obstinait dans cette voie. Pour lui, plus son corps serait construit, mieux il fera face à tous les risques : de claquage, et de commotion cérébrale aussi. Parce que tout ce qu’il perdait en souplesse dans la nuque, lui évitait que sa tête parte trop vite suite à un coup, et limitait les KOs.
Howard regardait croître sa masse musculaire mois après mois, année après année, avec incrédulité, sans comprendre l’intérêt, même avec explications à l’appui. Mais pourquoi devrait-il s’en soucier ?
Juste parce que Dave restait son frère, sa seule famille, et qu’il n’avait pas envie de creuser un fossé entre eux ? Ça serait bête de se déchirer comme ça, pour des raisons aussi triviales que ne pas approuver leurs choix de carrière mutuels, leurs fréquentations respectives, leur attitude face à la vie.
Même si à terme une prise de distance était inévitable, l’un comme l’autre aimeraient quand même ne pas en arriver là.
Auteur :
Base : LastMan (cartoon)
Personnagess : Dave & Howard McKenzie
Genre : gen/drama
Gradation : PG / K+
Légalité : propriété de Balak, Vivès, Périn, etc ; je ne cherche ni à tirer profit ni à manquer de respect.
Thème : "ripped " d’après
Continuité/Spoil éventuel : pré série –
Avertissements :
Nombre de mots : 2500
Même si sa vie semblait enfin bien rouler, Dave avait quand même régulièrement l’impression d’avoir tiré le mauvais numéro au départ et s’être fait sérieusement avoir. Enfin. Il se disait alors que ça pourrait toujours être encore pire, après tout, et qu’il se débrouillait malgré les désagréments et les galères à répétition. Se battre avec son emploi du temps, ses factures et son frère, ça faisait partie de la routine, désormais. Que des tuiles imprévues lui tombent dessus… ça l’agaçait toujours mais ça ne le surprenait plus.
Il eut de la chance tout au long de sa carrière et même s’il se fit vraiment fait peur quelques fois au final il ne lui arriva jamais rien de vraiment sérieux, même pas un claquage. Le pire qu’il ait eu à subir ce fut une foulure au poignet, quelques contusions, bon, et les plaies et les bosses obligatoires quand on pratique un sport de combat.
Il en connaissait d’autres pas aussi chanceux. Il fut témoin de ce qui arriva à Valenti, en suivit de près les conséquences, et se jura de ne jamais en arriver là à son tour.
Il n’avait pas supporté du tout de s’arrêter temporairement... et avait au final dû arrêter définitivement. La carrière de Valenti était finie avant même d’être commencée. Après s’être blessé bêtement, même pas pendant un match officiel mais lors d’un entraînement et déchiré un tendon dans le genou, son médecin et le coach l’avaient mis au repos… mais pas assez longtemps. Qu’il n’ait pas été suivi d’assez près, ou qu’il ait décidé d’ignorer les recommandations, les autres boxeurs du club ne savaient pas trop, ça ne les regardait pas.
Ça se savait qu’il prenait des anti-inflammatoires pour traiter ses lésions, des anti-douleur pour fonctionner ; rien que de très normal. Il n’était pas du genre à avaler n’importe quoi et à abuser des médicaments. Et pourtant, il en prit peut-être quand même trop, qui sait ? Il disait qu’il ne sentait plus rien et donc qu’il pouvait reprendre l’entraînement.
Mais c’était trop tôt, il força beaucoup, ralentit sa guérison et empêcha qu’elle se fasse complètement. Même s’il avait toujours ses deux bras, ça n’était plus possible de boxer sur une seule jambe. Ses appuis étaient trop perturbés, il enchaînait chute sur chute, accumulant les traumas ; à force d’insister il aggrava sa blessure au point de se bousiller définitivement la cheville.
Son souvenir au club resterait comme l’exemple de ce qu’il ne fallait pas faire. Alors un poignet foulé, à côté, même si c’était terriblement agaçant, c’était déjà moins grave en soi, et, angoissé par ce triste exemple, il le prit terriblement au sérieux.
Un mauvais geste pendant un entraînement, sa main se retourna et il sentit une brûlure fulgurer le long de son avant-bras. Il eut de la chance que le coach s’en aperçoive tout de suite et exige qu’il mette son bras au repos complet. Bon, c’était impossible : il devait quand même travailler, mais pendant trois semaines, il fut totalement interdit d’entraînement du tout. Il lui fila conseils et médicaments : garder une poche de glace dessus quand il pouvait, immerger son poignet dans de l’eau tiède avec un anti-inflammatoire effervescent, le garder immobilisé autant que possible et utiliser son autre main en attendant, comment le bander quand il n’aurait pas d’autre choix que d’utiliser ses deux mains et ne pourrait pas se permettre de porter une attèle trop volumineuse pour autant...
Il les appliqua scrupuleusement. Il bouillait d’envie de reprendre, oh, comme il comprenait Valenti ! C’était tellement nul d’être immobilisé, de rester sur le côté à regarder les autres progresser, à seulement rabâcher de la théorie et à s’inquiéter sur le fait de prendre du retard voire de régresser… Mais retenu par la crainte que son immobilisation puisse devenir définitive, il accepta de prendre son mal en patience et de temporiser.
Après s’être fait une véritable frayeur en réalisant qu’il s’en était manqué de peu qu’il subisse une déchirure réelle, il se raisonna en se disant que ça pourrait facilement être nettement pire, puisque son tendon aurait pu être abîmé.
Il avait de la chance, quand même, que ça ne soit pas arrivé à sa main dominante : il pouvait effectivement se débrouiller, jongler un peu, mais il restait obligé d’utiliser les deux pour conduire, et laissait quand même échapper des objets de temps à autre.
Comme il vivait seul, galérait à joindre les deux bouts, était obligé de travailler et ne pouvait pas se permettre de prendre des congés comme ça, il lui était impossible d’arrêter complètement de marcher pendant des semaines entières. Il fallait bien qu’il continue à gagner à sa vie et à s’occuper de lui-même ! Qui le ferait à sa place ? Maintenant qu’il était adulte il ne pouvait plus retourner à l’orphelinat juste comme ça pour qu’on prenne soin de lui.
Il n’avait personne pour s’occuper de lui s’il se retrouvait immobilisé – non, Howard ne comptait pas – et la possibilité bien réelle d’une blessure qui retarderait ou pire flinguerait sa carrière ne devait pas être négligée. Il se jura de se surveiller mieux, et après chaque incident, malgré sa rage, il le fit de près.
D’ailleurs, il hésita à laisser passer un weekend sans pouvoir venir en sortir Howard, même avec une très bonne raison, vu comment il lui en avait voulu la fois précédente… Sachant qu’il exagérait, il décida d’y aller quand même, et d’en profiter pour donner à Howard une leçon sur le tas :
« J’espère que t’es en forme : c’est toi qui conduis le scooter ce soir. Je monte à l’arrière et je te guide.
- Et pourquoi ça ?
- Parce que. »
Il soutint son regard quelques secondes.
« Non, sérieusement. Ça n’est pas que ça me dérange d’essayer mais ça me surprend. Qu’est-ce qui t’arrive pour que tout à coup tu décides de me confier ton engin ? après toutes les difficultés que tu fais d’habitude ? »
D’habitude, c’était Howard qui cherchait à taire ses difficultés et Dave que ça énervait et qui insistait pour qu’il soit plus ouvert. Reconnaissant l’ironie de la situation inversée, il céda.
« …OK, je me suis tordu le poignet. Rien de grave.
- Mais tu préfères ne pas prendre plus de risques. Je comprends ça, mais tu pouvais le dire clairement dès le départ, tu sais. »
Suggérer qu’il aurait pu ne pas venir du tout ou chercher à se faire remplacer et reconnaître ainsi ouvertement combien il détestait être prisonnier tout seul de cet orphelinat, en revanche, il n’en était pas capable. Mais c’était déjà un début, sans doute…
Howard s’exécuta sans plus rouspéter et de fait, s’en sortit mieux qu’il ne l’aurait cru.
« Du coup, tu as besoin d’aide pour autre chose ? C’est moi qui me colle à la cuisine aussi ? Tu auras besoin d’un coup de main pour… pour n’importe quoi d’autre, pour tout le reste ce soir ?
- La cuisine oui, le reste ça ira, merci. »
Ça n’était pas spécialement par gentillesse que Howard proposait, même s’il tenait beaucoup à son grand frère et par conséquent à son bien-être, plutôt le fait qu’il supportait mal l’incompétence, chez qui que ce soit. Y compris les souvenirs des quelques fois où lui-même s’était vu diminué.
D’ailleurs, il avait toujours peur de mal faire quelque chose qu’il ne maîtrisait pas encore, mais, raisonnait-il, ça vaudrait toujours mieux que de laisser faire quelqu’un qui risquait de tout faire tomber, ou d’aller trop lentement, ou de se blesser encore plus.
« Je parie que tu n’aimerais pas du tout vivre avec une main en moins.
- Dis donc, tu vas pas te mettre à persiffler ?
- Je persifflerais si je faisais des réflexions sur ton sport de brutes.
- Hey !
- Alors, tu as prévu quelque chose de particulier ? Je commence par quoi ? »
Des trucs super simples, forcément. Ça n’était pas plus compliqué que des travaux pratiques de chimie, et il se savait plutôt doué pour ça. Il suffisait de suivre les instructions, et il n’avait même pas la difficulté d’un vocabulaire technique pour des ustensiles spécifiques ou quoique ce soit, puisque Dave avait déjà sélectionné depuis longtemps des recettes qu’il pouvait réaliser avec le minimum vital de matériel. En étant un tant soit peu appliqué, ça allait tout seul.
Au passage, Dave réalisa qu’il aimait bien donner des directives et le coacher sans rien toucher lui-même. Cette découverte pourrait être utile plus tard…
« Tu as commencé par dire non pour tout le reste, mais, si tu es blessé, tu as des soins à faire ? des bandages à refaire ?
- Non, non. Juste une attèle. T’en fais pas, je me débrouille vraiment.
- Sûr ?
- Certain. »
Même si, on ne sait jamais, ça aurait pu être utile à Howard d’apprendre aussi quelques premiers soins sur le tas, il n’y en avait pas lieu cette fois-ci. Dave, une fois encore, mesurait sa chance de ne rien avoir de grave, rien d’irrémédiable. Il n’était même pas sûr d’en rester fragilisé : juste un peu froissé, pas arraché, avec des soins attentifs, il n’en garderait aucune séquelle.
Ça arriva donc une seule fois au cours de toute sa carrière. Déjà sérieux avant même si pas à l’abri d’un accident, il fit par la suite preuve d’encore plus de prudence pour être sûr que ça ne se renouvelle jamais.
De l’accident de scooter l’année suivante, qui n’était pas sa faute le moins du monde, il se tira avec des contusions, une engueulade de la part de son patron et la peur de se faire virer au moindre incident supplémentaire, mais rien de plus. Il avait quand même eu de la chance au final.
Bon, avec Howard qui s’était bêtement tordu la cheville juste après, ils se retrouvèrent bloqués à l’appart’ pour le week-end, immobilisés tous les deux. Deux heures après Howard prétendait être déjà sur pieds ; Dave refusa qu’il sorte tout seul pour autant. Il pesa l’idée de commander une pizza, mais craignit trop d’être maudit là-dessus et de causer un nouvel accident à un autre livreur innocent, et qu’elle n’arrive jamais. Et même s’il aurait pu se permettre, une fois de temps en temps, une dépense pareille, s’il voulait y réfléchir avec plus de prudence mieux valait considérer qu’il n’avait pas vraiment les moyens pour ça de toute façon. Il préféra taper dans ses conserves. La soupe en boîte c’était assez nul mais c’était de circonstance pour deux éclopés un triste soir d’automne pluvieux. Il en avait très peu de réserve, mais c’était bien suffisant pour deux jours et il referait les courses dès que possible, quand il serait sûr que son genou allait mieux.
Ils passèrent un week-end à ne rien faire – c’est-à-dire que Howard fit studieusement ses devoirs, au lieu de devoir les boucler à l’arrache entre deux aller-retour à la salle de sport, et Dave ne fit effectivement rien. Il avait une semaine d’arrêt devant lui. Le patron était furieux, lui aussi : c’était un manque à gagner terrible ; il avait une assurance quand il roulait sur le scooter, mais des indemnités pour les jours chômés ? ça, il pouvait toujours s’asseoir dessus.
Un peu de repos lui aurait fait du bien, si le fait de prendre du retard sur son programme d’entraînement ne l’agaçait pas autant.
Howard qui se sentait coupable d’avoir accidentellement rajouté à l’incident, essaya de se faire pardonner en prenant sur lui pour s’occuper de tout ce que Dave ne devrait pas faire.
« Pas question ! Tu restes gentiment posé toi aussi et tu ne m’aggraves pas la situation encore plus. Je t’assure, on peut se débrouiller deux jours comme ça sans problème.
- Oui, et la semaine prochaine quand je serai rentré au campus, tu feras comment ?
- Je serai assez remis d’ici là pour m’occuper de moi tout seul.
- Comment tu peux être si sûr ?
- Parce que j’ai l’habitude, tiens.
- De te faire démolir ?
- De voir les autres se démolir, disons.
- Si au moins ton sport de brutes te sert à quelque chose…
- Ouais : à essuyer moins de blessures, déjà.
- Et puis quoi encore !
- Plus tes muscles sont solides mieux ils protègent tes tendons, par exemple. Ça te ferait pas de mal de pratiquer la course à pied plus souvent… si tu peux le faire sans te vautrer bêtement, évidemment. »
Petites mesquineries nées de l’agacement mises à part, Dave avait raison sur ce point. La boxe ça n’était pas juste cogner aveuglément, il y avait beaucoup de théorie derrière. Il avait appris l’anatomie pour ça, et de la physiologie aussi, sur la façon dont le corps humain produit ou stocke son énergie, et se répare en cas de lésion. Son coach était sérieux là-dessus et encourageait fortement ses élèves à passer un brevet de secouriste, parce qu’on ne sait jamais.
Donc oui, il savait reconnaître et prendre en charge une fracture, une foulure, une commotion, des contusions, une coupure plus ou moins importante.
Howard en avait passé un aussi, le dernier été avec les Sœurs. On ne sait jamais, hein !
Dave et les Sœurs avaient vaguement nourri pour lui le projet qu’il devienne médecin ou quelque chose comme ça, juste parce qu’il était doué pour les études. Mais il n’avait pas toutes les ressources pour, et donc aucune envie de s’embarquer là-dedans. Certes, il était dur à la tâche, possédait une excellente mémoire et un bon esprit de déduction, il saurait sans doute poser un diagnostic, même difficile, mais pour ce qui était des qualités humaines, la relation au patient… peut-être pas.
Il s’était plutôt orienté sciences dures ; les sciences naturelles l’intéressaient moins. En revanche, il découvrit aussi l’histoire des sciences et la philosophie : ça ne lui apportait pas de savoir particulièrement utile à première vue, mais des possibilités nouvelles de raisonnement.
Et, oui, il en savait juste assez en biologie pour admettre qu’il connaissait la théorie comme quoi des muscles forts et des tendons souples ça devait protéger des blessures. En pratique, par observation directe, il savait aussi qu’on peut avoir trop de muscles, et qu’une puissance supérieure à ce qu’un corps peut endurer naturellement n’est pas forcément une bonne chose : mal échauffé, si on force trop dessus, la déchirure sera d’autant plus grave et de là vient un danger supplémentaire.
Dave, pourtant, s’obstinait dans cette voie. Pour lui, plus son corps serait construit, mieux il fera face à tous les risques : de claquage, et de commotion cérébrale aussi. Parce que tout ce qu’il perdait en souplesse dans la nuque, lui évitait que sa tête parte trop vite suite à un coup, et limitait les KOs.
Howard regardait croître sa masse musculaire mois après mois, année après année, avec incrédulité, sans comprendre l’intérêt, même avec explications à l’appui. Mais pourquoi devrait-il s’en soucier ?
Juste parce que Dave restait son frère, sa seule famille, et qu’il n’avait pas envie de creuser un fossé entre eux ? Ça serait bête de se déchirer comme ça, pour des raisons aussi triviales que ne pas approuver leurs choix de carrière mutuels, leurs fréquentations respectives, leur attitude face à la vie.
Même si à terme une prise de distance était inévitable, l’un comme l’autre aimeraient quand même ne pas en arriver là.