Titre : Là où les routes se séparent
Auteur :
malurette
Base : LastMan (cartoon)
Personnagess : Dave & Howard McKenzie
Genre : gen/drama
Gradation : PG / K+
Légalité : propriété de Balak, Vivès, Périn, etc ; je ne cherche ni à tirer profit ni à manquer de respect.
Thème : "massive" d’après
15kisses
Continuité/Spoil éventuel : pré série –
Avertissements :
Nombre de mots : 2100
***
Avec le temps, les frères s’éloignaient irrémédiablement. Il y eut la rentrée universitaire, un nouveau semestre, et enfin, Howard étant devenu majeur, le déménagement tant attendu… et des voies de plus en plus différentes. Non, finalement, il n’était plus question qu’ils habitent ensemble. L’été précédent avait trop difficile, les dernières vacances d’hiver juste supportables. Sans oser le formuler clairement, l’un comme l’autre avaient besoin de liberté.
Et Dave, finalement, n’avait plus trop d’inquiétude à l’idée de voir Howard se lancer dans sa propre vie et se débrouiller seul. Il en avait appris suffisamment pour ça, pensait-il, et serait toujours capable de se renseigner et d’improviser sur ce qu’il ne connaissait pas encore et découvrirait au fur et à mesure. Jusqu’à ce qu’il perde le contact : Howard, trop heureux d’être enfin libre de faire comme il l’entendait, tendit à négliger de lui donner de ses nouvelles.
Après deux ans et demi à passer presque tous les weekend ensemble, et ce qui restait à Howard de vacances scolaires, les premiers temps que Dave eut rien qu’à lui, il se sentit d’abord soulagé. Leur vie roulait enfin bien et pour de bon. Lui aussi, maintenant, était libre de s’organisait comme il le voulait, comme il en avait besoin. Pour la première fois, la responsabilité de son frère ne lui pesait plus. Il était beaucoup plus serein. Ça, et avec sa carrière qui se lançait pour de vrai, il put finalement laisser son boulot à la con et vivre des cachets de ses matches officiels.
Maintenant qu’il n’avait plus à s’en préoccuper, il se rendait enfin compte de combien ça avait pesé sur sa vie auparavant. C’était un poids financier non négligeable, mine de rien, mais aussi mental. Tout ça à gérer s’était accompagné de plus de stress qu’il ne pouvait bien croire. Il aimait sincèrement son frère et n’aurait jamais été capable, même pour préserver sa propre santé physique et mentale, de renoncer à lui et le livrer à lui-même tant qu’il avait besoin de soutien.
Mais quand même, il devait reconnaître que c’était loin d’être facile de s’occuper d’un adolescent.
Encore après, il lui restait toujours d’autres problèmes à gérer, toutes ses difficultés n’étaient pas résolues d’un coup. Mais elles devenaient plus faciles à envisager, l’une après l’autre. Il allait pouvoir déménager à son tour, et ça aussi promettait des ennuis d’organisation avant d’apporter un soulagement. Des histoires de matches, ça, ça n’en finissait pas. Ça serait son lot récurrent tant qu’il resterait en compétition. Et pour rester en compétition il avait à faire avec des histoires de classement et de catégorie.
Il avait à gérer son poids. Sa croissance était finie, en stature en tout cas, mais sa prise de muscles se poursuivait. S’il voulait une avancée constante de sa carrière, il lui fallait une croissance lente et soutenue. S’il grimpait trop souvent de catégorie sans que son niveau de boxe s’élève, il se retrouverait constamment le plus faible de sa nouvelle classe et ne progresserait pas. À cet âge charnière, ils étaient tous à peu près dans le même bain. Mais, devenus rivaux et plus seulement camarades, certains n’hésitaient pas à faire des crasses à d’autres.
Et puis, les choses se tassèrent peu à peu, s’installèrent dans une nouvelle routine différente de l’ancienne, et Dave ressentit comme un trou immense ensuite. Howard prenait donc tellement de place avant et comblait tellement sa petite vie, que son absence soit encore plus lourde que sa présence ?
Et puis…
Et puis donc rapidement mine de rien, Howard lui manqua. Il s’inquiétait de nouveau. Toutes ces années à s’en préoccuper avaient laissé des habitudes profondément ancrées. Et puis c’était son frère, tout de même !
Dave tenait à ce qu’ils essaient quand même de se voir régulièrement, échanger des nouvelles, savoir ce qu’ils devenaient, s’assurer que l’un et l’autre allaient bien, et juste passer du temps ensemble, sans plus de pression, et que ça soit bien. Si comme on dit un frère c’est un ami que la nature vous a donné, il fallait bien en profiter. Et pas se laisser devenir des étrangers qui n’auraient plus rien en commun ! que le nom laissé par leurs parents disparus, et des souvenirs pour la plupart mauvais…
Le point de rendez-vous le plus simple restait toujours son bon vieux club de boxe. Après, ils pouvaient décider d’aller chez l’un, chez l’autre, choisir un film, ou un petit restau. Ça dépendait. Et puis ils avaient de plus en plus les moyens de se permettre des petits trucs comme ça. Voire même de plus gros trucs.
À ce que jugeait Dave d’ailleurs, Howard semblait avoir développé des goûts de luxe, maintenant qu’il en avait les moyens.
Il accumulait les livres en quantités astronomiques. C’était surtout du travail de récupération, ici et là; par son job d’appoint à la bibliothèque il avait accès aux ouvrages éliminés des collections et évitait la destruction à ceux devenus obsolètes, ou trop abîmés. Il s’en procurait également de seconde main dans les bouquineries d’occasion, et en achetait encore certains neufs, les plus importants, ceux qu’il voulait vraiment, vraiment, et n’avait pas d’autre façon d’obtenir moins chers.
« Ça m’étonne que tu ne te sois jamais bousillé les yeux, à voir le nez toujours plongé dans tes bouquins, » remarqua Dave un jour.
Il l’imagina un instant en mode tête d’œuf, des culs-de-bouteille sur le nez et le front qui se dégarnit précocement. La faute, sans doute, au fait qu’il trouvait qu’il se fringuait toujours comme s’il n’avait jamais quitté l’orphelinat – Howard affirmait qu’il aimait avoir un style classique et élégant, Dave l’aurait plutôt qualifié de rétro, et encore, en étant généreux.
« Commence pas à te moquer. Tu t’es vu avec tes bretelles ?
- Quoi mes bretelles ? faut bien que je tienne mon short sur le ring. Elles sont pratiques et fonctionnelles, plein d’autres boxeurs en portent et à raison. Et seulement sur le ring, de toute façon. Non mais sérieux tu m’imagines avec des bretelles dans la vie de tous les jours ?
- Si tu dis qu’elles sont fonctionnelles…
- C’est pas un encouragement à commencer à en porter avec tes vestons.
- Ça, sûrement pas de toute façon. »
Mais dans la série des sûrement pas et des pourquoi pas, suivit la laque pour cheveux.
« Sérieux, de la gomina ? T’as l’air ridicule, mon vieux. Et c’est un combat perdu d’avance, tu pourras jamais dompter cette tignasse. La seule solution c’est tondre court dès que ça repousse.
- Et si j’ai pas envie ? »
Ce que Dave faisait étant plus jeune, encouragé par les Sœurs, mais il avait dû y renoncer depuis sa sortie de l’orphelinat : ça coûtait trop cher de passer régulièrement chez le coiffeur et il n’avait pas envie d’investir dans sa propre tondeuse. La masse de boucles qui formait rapidement une véritable crinière et complétait sa moustache, il y prit goût finalement et n’envisageait plus la raser. Que Howard fasse le cheminement inverse… bah, après tout, ça ne regardait que lui. Si c’était tous des gommeux, des snobs et des ploucs dans son université, qu’est-ce qu’il y pouvait ?
« Quand même, la seule façon dont tu pourrais être encore plus nerd ça serait si tu te déplaçais à vélo. »
Il l’avait fait un temps. Dans Paxtown l’été ça passait encore, il y avait moins de circulation, mais à l’année ? Il n’était pas suicidaire !
Il y avait toujours des bus, même s’il aimait ça de moins en moins. Ça lui permettait de ne pas avoir à se soucier du trajet et en profiter pour lire – il avait la chance de n’avoir jamais eu le mal des transports – mais en contrepartie il fallait supporter la foule, et il détestait de plus en plus la populace générale.
« Tu pourrais t’acheter un scooter voire même une moto. Ou carrément une voiture. »
Howard savait conduire, Dave lui avait appris, mais il n’en avait pas envie. Un véhicule, il fallait pouvoir le garer, l’entretenir, l’assurer ; de son point de vue c’était toujours plus d’ennuis supplémentaires que de liberté. Il préférait donc toujours se débrouiller sans tant qu’il le pouvait.
« T’es quand même un gros gros nerd. »
C’était censé être juste une taquinerie, mais c’était blessant quand même.
« Et toi un gros tas de muscles.
- Ouais, et un tas de muscles efficaces avec ça, » se vanta Dave, choisissant de retourner la pique en compliment. Pour Howard, sa musculature devenait trop imposante, au point d’en être disgracieuse. Dave en revanche, le premier concerné, considérait qu’il atteignait enfin le but recherché depuis des années. Et pour preuve, il commençait à devenir une star.
Ça excitait la jalousie de certains, l’admiration des autres. Avant et après ses matches, la foule se pressait de plus en plus nombreuse autour de lui. Entre ceux qui lui claquaient le dos ou l’épaule, celles qui l’embrassaient en lui remettant un prix, ceux qui ronchonnaient dans son dos… ah, pour ces derniers, c’était bien dommage, mais c’était une preuve de plus de son succès !
Il n’y en avait qu’un seul pour y rester complètement indifférent. Dave ne regrettait qu’une seule chose : que Howard lui-même n’en soit pas fier. Quand il le tenait informé de ses avancées, il le félicitait de façon détachée, par pure politesse semblait-il. Était-il réellement content pour lui ou n’en avait-il rien à faire ? difficile à dire.
Howard s’enfonçait dans un paradoxe bizarre, de trouver ses études et ses nouvelles fréquentations exaltantes, de s’embarquer dans une vie étudiante où on s’imaginait au-dessus de tout et capable de refaire le monde, et à côté de ça, subir une vie quotidienne médiocre. Il la supportait de moins en moins, en se demandant régulièrement comment.
Ça datait, pensait-il, de ces deux semaines l’été précédent qu’il avait passées désœuvré, à devoir supporter un voisinage de péquenauds, à suivre faute d’autre divertissement l’actualité d’un monde qui allait si mal. Ça aurait dû passer, croyait-il, une fois qu’il n’était plus obligé de vivre là, mais chaque fois qu’il y revenait, même brièvement, pour saluer Dave, il se rappelait combien il méprisait cet endroit. En sachant que son propre voisinage valait à peine mieux…
Il se fit d’ailleurs braquer plusieurs fois dans le quartier de Dave, en sortit blessé. Il perdit plusieurs dizaines de dols, un blazer et un livre auquel il tenait beaucoup – heureusement ça n’était pas celui du Lion – et même pas parce que c’était une édition de prix que des voyous espéraient revendre : ils l’avaient juste détruit pour le plaisir de détruire, par bêtise ou pour se venger de n’avoir pas trouvé assez à voler sur lui.
Tout ça, trouvait-il, était trop gros à porter juste pour lui, et ça n’était pas viable d’avoir systématiquement besoin que Dave vienne à son secours.
Vu d’en bas, après que ces petites l’ait jeté à terre, Dave avait l’air deux fois plus grand que nature. Remis debout, ils accusaient seulement une demi-tête de différence, et c’était toujours assez pour le faire complexer. Tant pis pour les muscles auxquels il ne tenait pas, mais, la stature et la carrure ? pourquoi est-ce que lui, sa croissance terminée, restait toujours tellement plus petit et plus frêle ?
Dave le soigna, et le gronda au passage, comme si c’était sa propre faute s’il s’était fait attaquer, comme s’il avait provoqué ces voyous exprès.
« Mais t’est trop naïf mon pauvre vieux. T’as vu comment tu te trimballes, déjà ? Mets-toi à la boxe, juste assez pour te défendre. »
Pas question : ça, il avait déjà essayé, dans sa jeunesse, et ça s’était mal fini. Si c’était pour se blesser de toute façon…
« À quoi bon ? Je n’y suis jamais arrivé. Et si je ne résiste pas, ça se finit plus vite.
- Et le jour où ils décideront de te finir pour de bon parce que ta gueule ne leur revient vraiment pas ? Et que je serai pas là pour te sauver la mise ? »
À ça, il n’avait pas de réponse.
Dave désinfecte les coupures sans ménagement, appliqua de la glace sur les hématomes. Il avait l’habitude de tout ça, maintenant. Puis il palpa les alentours de chacune des blessures avec une délicatesse surprenante, essayant de s’assurer que sous les contusions rien n’était cassé, qu’un coup à la tête n’a pas entraîné de commotion cérébrale.
Tout ça n’était pas si rassurant en soi. Qu’il soit capable de prendre soin de lui ne faisait que souligner le fait qu’il y ait eu besoin de son aide en premier lieu, et c’était humiliant au possible. Vraiment, il détestait ce quartier. Et cette ville. Et ce pays. Et ce monde. Bon, surtout ce quartier, en fait.
Quant à savoir se défendre seul… il n’allait quand même pas commencer à porter une arme ?
…Quoique. Pourquoi pas après tout ?
Howard n’avait jamais réfléchi avant à l’idée d’avoir ou non les moyens et le temps de fréquenter un club de tir. Mais l’idée faisait son chemin. Il pouvait les trouver. Pendant que Dave faisait le sien dans son monde de brutes…
Auteur :
Base : LastMan (cartoon)
Personnagess : Dave & Howard McKenzie
Genre : gen/drama
Gradation : PG / K+
Légalité : propriété de Balak, Vivès, Périn, etc ; je ne cherche ni à tirer profit ni à manquer de respect.
Thème : "massive" d’après
Continuité/Spoil éventuel : pré série –
Avertissements :
Nombre de mots : 2100
Avec le temps, les frères s’éloignaient irrémédiablement. Il y eut la rentrée universitaire, un nouveau semestre, et enfin, Howard étant devenu majeur, le déménagement tant attendu… et des voies de plus en plus différentes. Non, finalement, il n’était plus question qu’ils habitent ensemble. L’été précédent avait trop difficile, les dernières vacances d’hiver juste supportables. Sans oser le formuler clairement, l’un comme l’autre avaient besoin de liberté.
Et Dave, finalement, n’avait plus trop d’inquiétude à l’idée de voir Howard se lancer dans sa propre vie et se débrouiller seul. Il en avait appris suffisamment pour ça, pensait-il, et serait toujours capable de se renseigner et d’improviser sur ce qu’il ne connaissait pas encore et découvrirait au fur et à mesure. Jusqu’à ce qu’il perde le contact : Howard, trop heureux d’être enfin libre de faire comme il l’entendait, tendit à négliger de lui donner de ses nouvelles.
Après deux ans et demi à passer presque tous les weekend ensemble, et ce qui restait à Howard de vacances scolaires, les premiers temps que Dave eut rien qu’à lui, il se sentit d’abord soulagé. Leur vie roulait enfin bien et pour de bon. Lui aussi, maintenant, était libre de s’organisait comme il le voulait, comme il en avait besoin. Pour la première fois, la responsabilité de son frère ne lui pesait plus. Il était beaucoup plus serein. Ça, et avec sa carrière qui se lançait pour de vrai, il put finalement laisser son boulot à la con et vivre des cachets de ses matches officiels.
Maintenant qu’il n’avait plus à s’en préoccuper, il se rendait enfin compte de combien ça avait pesé sur sa vie auparavant. C’était un poids financier non négligeable, mine de rien, mais aussi mental. Tout ça à gérer s’était accompagné de plus de stress qu’il ne pouvait bien croire. Il aimait sincèrement son frère et n’aurait jamais été capable, même pour préserver sa propre santé physique et mentale, de renoncer à lui et le livrer à lui-même tant qu’il avait besoin de soutien.
Mais quand même, il devait reconnaître que c’était loin d’être facile de s’occuper d’un adolescent.
Encore après, il lui restait toujours d’autres problèmes à gérer, toutes ses difficultés n’étaient pas résolues d’un coup. Mais elles devenaient plus faciles à envisager, l’une après l’autre. Il allait pouvoir déménager à son tour, et ça aussi promettait des ennuis d’organisation avant d’apporter un soulagement. Des histoires de matches, ça, ça n’en finissait pas. Ça serait son lot récurrent tant qu’il resterait en compétition. Et pour rester en compétition il avait à faire avec des histoires de classement et de catégorie.
Il avait à gérer son poids. Sa croissance était finie, en stature en tout cas, mais sa prise de muscles se poursuivait. S’il voulait une avancée constante de sa carrière, il lui fallait une croissance lente et soutenue. S’il grimpait trop souvent de catégorie sans que son niveau de boxe s’élève, il se retrouverait constamment le plus faible de sa nouvelle classe et ne progresserait pas. À cet âge charnière, ils étaient tous à peu près dans le même bain. Mais, devenus rivaux et plus seulement camarades, certains n’hésitaient pas à faire des crasses à d’autres.
Et puis, les choses se tassèrent peu à peu, s’installèrent dans une nouvelle routine différente de l’ancienne, et Dave ressentit comme un trou immense ensuite. Howard prenait donc tellement de place avant et comblait tellement sa petite vie, que son absence soit encore plus lourde que sa présence ?
Et puis…
Et puis donc rapidement mine de rien, Howard lui manqua. Il s’inquiétait de nouveau. Toutes ces années à s’en préoccuper avaient laissé des habitudes profondément ancrées. Et puis c’était son frère, tout de même !
Dave tenait à ce qu’ils essaient quand même de se voir régulièrement, échanger des nouvelles, savoir ce qu’ils devenaient, s’assurer que l’un et l’autre allaient bien, et juste passer du temps ensemble, sans plus de pression, et que ça soit bien. Si comme on dit un frère c’est un ami que la nature vous a donné, il fallait bien en profiter. Et pas se laisser devenir des étrangers qui n’auraient plus rien en commun ! que le nom laissé par leurs parents disparus, et des souvenirs pour la plupart mauvais…
Le point de rendez-vous le plus simple restait toujours son bon vieux club de boxe. Après, ils pouvaient décider d’aller chez l’un, chez l’autre, choisir un film, ou un petit restau. Ça dépendait. Et puis ils avaient de plus en plus les moyens de se permettre des petits trucs comme ça. Voire même de plus gros trucs.
À ce que jugeait Dave d’ailleurs, Howard semblait avoir développé des goûts de luxe, maintenant qu’il en avait les moyens.
Il accumulait les livres en quantités astronomiques. C’était surtout du travail de récupération, ici et là; par son job d’appoint à la bibliothèque il avait accès aux ouvrages éliminés des collections et évitait la destruction à ceux devenus obsolètes, ou trop abîmés. Il s’en procurait également de seconde main dans les bouquineries d’occasion, et en achetait encore certains neufs, les plus importants, ceux qu’il voulait vraiment, vraiment, et n’avait pas d’autre façon d’obtenir moins chers.
« Ça m’étonne que tu ne te sois jamais bousillé les yeux, à voir le nez toujours plongé dans tes bouquins, » remarqua Dave un jour.
Il l’imagina un instant en mode tête d’œuf, des culs-de-bouteille sur le nez et le front qui se dégarnit précocement. La faute, sans doute, au fait qu’il trouvait qu’il se fringuait toujours comme s’il n’avait jamais quitté l’orphelinat – Howard affirmait qu’il aimait avoir un style classique et élégant, Dave l’aurait plutôt qualifié de rétro, et encore, en étant généreux.
« Commence pas à te moquer. Tu t’es vu avec tes bretelles ?
- Quoi mes bretelles ? faut bien que je tienne mon short sur le ring. Elles sont pratiques et fonctionnelles, plein d’autres boxeurs en portent et à raison. Et seulement sur le ring, de toute façon. Non mais sérieux tu m’imagines avec des bretelles dans la vie de tous les jours ?
- Si tu dis qu’elles sont fonctionnelles…
- C’est pas un encouragement à commencer à en porter avec tes vestons.
- Ça, sûrement pas de toute façon. »
Mais dans la série des sûrement pas et des pourquoi pas, suivit la laque pour cheveux.
« Sérieux, de la gomina ? T’as l’air ridicule, mon vieux. Et c’est un combat perdu d’avance, tu pourras jamais dompter cette tignasse. La seule solution c’est tondre court dès que ça repousse.
- Et si j’ai pas envie ? »
Ce que Dave faisait étant plus jeune, encouragé par les Sœurs, mais il avait dû y renoncer depuis sa sortie de l’orphelinat : ça coûtait trop cher de passer régulièrement chez le coiffeur et il n’avait pas envie d’investir dans sa propre tondeuse. La masse de boucles qui formait rapidement une véritable crinière et complétait sa moustache, il y prit goût finalement et n’envisageait plus la raser. Que Howard fasse le cheminement inverse… bah, après tout, ça ne regardait que lui. Si c’était tous des gommeux, des snobs et des ploucs dans son université, qu’est-ce qu’il y pouvait ?
« Quand même, la seule façon dont tu pourrais être encore plus nerd ça serait si tu te déplaçais à vélo. »
Il l’avait fait un temps. Dans Paxtown l’été ça passait encore, il y avait moins de circulation, mais à l’année ? Il n’était pas suicidaire !
Il y avait toujours des bus, même s’il aimait ça de moins en moins. Ça lui permettait de ne pas avoir à se soucier du trajet et en profiter pour lire – il avait la chance de n’avoir jamais eu le mal des transports – mais en contrepartie il fallait supporter la foule, et il détestait de plus en plus la populace générale.
« Tu pourrais t’acheter un scooter voire même une moto. Ou carrément une voiture. »
Howard savait conduire, Dave lui avait appris, mais il n’en avait pas envie. Un véhicule, il fallait pouvoir le garer, l’entretenir, l’assurer ; de son point de vue c’était toujours plus d’ennuis supplémentaires que de liberté. Il préférait donc toujours se débrouiller sans tant qu’il le pouvait.
« T’es quand même un gros gros nerd. »
C’était censé être juste une taquinerie, mais c’était blessant quand même.
« Et toi un gros tas de muscles.
- Ouais, et un tas de muscles efficaces avec ça, » se vanta Dave, choisissant de retourner la pique en compliment. Pour Howard, sa musculature devenait trop imposante, au point d’en être disgracieuse. Dave en revanche, le premier concerné, considérait qu’il atteignait enfin le but recherché depuis des années. Et pour preuve, il commençait à devenir une star.
Ça excitait la jalousie de certains, l’admiration des autres. Avant et après ses matches, la foule se pressait de plus en plus nombreuse autour de lui. Entre ceux qui lui claquaient le dos ou l’épaule, celles qui l’embrassaient en lui remettant un prix, ceux qui ronchonnaient dans son dos… ah, pour ces derniers, c’était bien dommage, mais c’était une preuve de plus de son succès !
Il n’y en avait qu’un seul pour y rester complètement indifférent. Dave ne regrettait qu’une seule chose : que Howard lui-même n’en soit pas fier. Quand il le tenait informé de ses avancées, il le félicitait de façon détachée, par pure politesse semblait-il. Était-il réellement content pour lui ou n’en avait-il rien à faire ? difficile à dire.
Howard s’enfonçait dans un paradoxe bizarre, de trouver ses études et ses nouvelles fréquentations exaltantes, de s’embarquer dans une vie étudiante où on s’imaginait au-dessus de tout et capable de refaire le monde, et à côté de ça, subir une vie quotidienne médiocre. Il la supportait de moins en moins, en se demandant régulièrement comment.
Ça datait, pensait-il, de ces deux semaines l’été précédent qu’il avait passées désœuvré, à devoir supporter un voisinage de péquenauds, à suivre faute d’autre divertissement l’actualité d’un monde qui allait si mal. Ça aurait dû passer, croyait-il, une fois qu’il n’était plus obligé de vivre là, mais chaque fois qu’il y revenait, même brièvement, pour saluer Dave, il se rappelait combien il méprisait cet endroit. En sachant que son propre voisinage valait à peine mieux…
Il se fit d’ailleurs braquer plusieurs fois dans le quartier de Dave, en sortit blessé. Il perdit plusieurs dizaines de dols, un blazer et un livre auquel il tenait beaucoup – heureusement ça n’était pas celui du Lion – et même pas parce que c’était une édition de prix que des voyous espéraient revendre : ils l’avaient juste détruit pour le plaisir de détruire, par bêtise ou pour se venger de n’avoir pas trouvé assez à voler sur lui.
Tout ça, trouvait-il, était trop gros à porter juste pour lui, et ça n’était pas viable d’avoir systématiquement besoin que Dave vienne à son secours.
Vu d’en bas, après que ces petites l’ait jeté à terre, Dave avait l’air deux fois plus grand que nature. Remis debout, ils accusaient seulement une demi-tête de différence, et c’était toujours assez pour le faire complexer. Tant pis pour les muscles auxquels il ne tenait pas, mais, la stature et la carrure ? pourquoi est-ce que lui, sa croissance terminée, restait toujours tellement plus petit et plus frêle ?
Dave le soigna, et le gronda au passage, comme si c’était sa propre faute s’il s’était fait attaquer, comme s’il avait provoqué ces voyous exprès.
« Mais t’est trop naïf mon pauvre vieux. T’as vu comment tu te trimballes, déjà ? Mets-toi à la boxe, juste assez pour te défendre. »
Pas question : ça, il avait déjà essayé, dans sa jeunesse, et ça s’était mal fini. Si c’était pour se blesser de toute façon…
« À quoi bon ? Je n’y suis jamais arrivé. Et si je ne résiste pas, ça se finit plus vite.
- Et le jour où ils décideront de te finir pour de bon parce que ta gueule ne leur revient vraiment pas ? Et que je serai pas là pour te sauver la mise ? »
À ça, il n’avait pas de réponse.
Dave désinfecte les coupures sans ménagement, appliqua de la glace sur les hématomes. Il avait l’habitude de tout ça, maintenant. Puis il palpa les alentours de chacune des blessures avec une délicatesse surprenante, essayant de s’assurer que sous les contusions rien n’était cassé, qu’un coup à la tête n’a pas entraîné de commotion cérébrale.
Tout ça n’était pas si rassurant en soi. Qu’il soit capable de prendre soin de lui ne faisait que souligner le fait qu’il y ait eu besoin de son aide en premier lieu, et c’était humiliant au possible. Vraiment, il détestait ce quartier. Et cette ville. Et ce pays. Et ce monde. Bon, surtout ce quartier, en fait.
Quant à savoir se défendre seul… il n’allait quand même pas commencer à porter une arme ?
…Quoique. Pourquoi pas après tout ?
Howard n’avait jamais réfléchi avant à l’idée d’avoir ou non les moyens et le temps de fréquenter un club de tir. Mais l’idée faisait son chemin. Il pouvait les trouver. Pendant que Dave faisait le sien dans son monde de brutes…