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Série : Criminel
Titre : Bouclez-moi ça
Auteur : [personal profile] malurette
Base : LastMan
Personnages : Dave, Howard, le Saint Père
Genre :
Gradation : PG-13 / T
Légalité : propriété de Balak, Vivès, Périn, etc ; je ne cherche ni à tirer profit ni à manquer de respect

Continuité/Spoil éventuel : pré-série/épisodes 17 & 25
Fork : l'éclat de miroir tenu horizontalement
Notes :
Nombre de mots : 2000

***

Deux semaines s’écoulèrent lentement. L’hôpital refusa de laisser Howard sortir avant une dizaine de jours, tant qu’ils n’étaient pas sûrs et certains que son moignon cicatrisait correctement et que le traitement antibiotique était efficace pour endiguer l’infection. Sa sortie précédente lui ayant coûté sa main droite et n’étant pas passée loin de laisser des séquelles plus graves encore, ils le gardèrent le temps qu’il fallut.
Moins de quarante-huit heures avaient suffi à ruiner son état en premier lieu, ils ne prirent plus aucun risque et tinrent tête à la justice. Dix jours en isolement, en chambre individuelle placée sous surveillance policière, à ne voir que les infirmiers chargés des soins quotidiens, le chirurgien une seule fois, un psychiatre auquel il refusa de parler, et un avocat dépêché par Dave… auquel il ne parla pas plus malgré son insistance.

Pour le ramener en prison, maintenant qu’il n’avait plus qu’un poignet valide, ils lui passèrent une chaîne autour du ventre, attachée dans le dos avec un cadenas, et la menotte sur son poignet gauche y fut rattachée. En prime, ils lui enchaînèrent les chevilles.

Quand les médecins furent suffisamment satisfaits de son état pour accepter de le remettre à la justice qui réclamait et se plaignait du prix de son hospitalisation prolongée qui pesait sur les contribuables et même pas sur sa maigre mutuelle étudiante, l’isolement se prolongea en cellule. En attendant son procès, il resterait seul, sans visites, sans sorties, sans codétenu.
Ça semblait lui convenir.

Dave, au contraire, s’en désespérait. La responsabilité lui pesait, alors que tout lui échappait. Et le Saint-Père à qui il avait été forcé de demander de l’aide, le faisait culpabiliser.

Vinrent les qualifications pour les régionales qu’il avait tant attendues, et la pression supplémentaire dans les vestiaires.

« Ça va ? Tou as bien dormi ?
- Saint-Père. »
Il n’osa pas admettre que non – quel besoin? c’était évident et impossible à cacher – et dut se justifier quand même.
« C’est mon frère. Il est retourné en prison. Je pensais vraiment qu’il pourrait rester à l’hôpital, »
il n’entra pas dans les détails de, changer d’hôpital pour un endroit plus adapté où faire soigner sa folie avant de l’accuser
« ...ils lui ont mis des chaînes, j’en reviens pas, comme s’il était dangereux, comme s’il pouvait s’enfuir.... »
Howard n’en revenait pas non plus, d’ailleurs, pour la première fois depuis longtemps une expression était revenue sur son visage, d’incompréhension totale. Il ne comprenait pas ce qui se passait.
Et le Saint-Père n’avait pas beaucoup de sympathie pour leur situation non plus. De l’intérêt, oui, mais teinté de condescendance et de reproche.

« Tou me mets dans une situation délicate, Dave McKenzie. Bien sûr que je vais t’aider à éviter la prison à ton frère, ça te ferait une trop mauvaise publicité, mais, ensuite, il faut qu’il garde un profil bas et ne menace pas ta carrière du tout. S’il est dangereux, il faut le tenir en laisse. S’il ne l’est pas, bah, il sortira vite. »

Ça sonnait presque comme une promesse, un marche : qu’il remporte ce titre, et en échange on tirerait quelques ficelles ?
Dave savait qu’il ne devait pas compter là-dessus, et que de toute façon, pour lui-même avant tout, il fallait qu’il donne le meilleur de lui-même. Pour l’instant il était lui aussi enfermé, dans son carré de cordes, et ça ne tenait qu’à lui d’en sortir victorieux. Rien de personnel contre son adversaire, c’était tout simple : un combat, une question de technique.

Malgré ses préoccupations, il s’efforça de rester calme et donna tout ce qu’il put sur le ring. Sans non plus se laisser aller à cogner sans méthode pour se défouler. Il boxait avec passion et professionnalisme.

Sa fierté et sa satisfaction furent toutefois de courte durée : les réflexions blessantes des officiels et des media, volontairement ou involontairement, ne tardèrent pas à pleuvoir :
« Félicitations pour votre victoire !
- Dave McKenzie, vous avez fait preuve d’une efficacité redoutable sur le ring, est-ce de famille ?
- Pourquoi une telle question ?
- Est-il vrai que votre frère est incarcéré pour meurtre ?
- Ça n’a rien à voir avec le sujet du jour !
- Avez-vous des commentaires à faire sur cette affaire ?
- Aucun.
- Pensez-vous qu’il ait vraiment tué ce… camarade ? ou cherche-t-on à vous nuire à travers lui ?
Tout de même…
- Écoutez, je me contrefiche de savoir s’il est coupable ou innocent. C’est mon petit frère, et il est blessé, malade, mutilé. En ce moment il n’est pas en prison mais à l’hôpital et je ne sais pas quand ni dans quel état il en sortira. Plus que ce que dira la justice, j’attends ce que disent de lui les médecins.
- Vous avez confiance dans le système judiciaire ?
- Arrêtez avec ces questions, bon sang ! On dévie complètement ! »

Son coach accepta enfin d’intervenir pour limiter le dérapage et essayer de recentrer l’interview sur le match en soi et ses détails techniques.
« Le Saint-Père ne va du tout apprécier cette publicité, » pesta Dave quand enfin les journalistes le laissèrent tranquille.
Et c’est là que le coach haussa les épaules, cynique :
« Toute publicité est bonne à prendre, même une mauvaise. Une réputation de tueur, ça peut donner une certaine aura sur le ring. »
Pour la première fois depuis qu’il s’était engagé dans cette affaire, Dave douta réellement d’avoir fait le bon choix en demandant de l’aide au Saint-Père et en acceptant son marché. Et il était trop tard pour reculer.
Il savait déjà comment les surnoms pouvaient coller toute une carrière. Et les rumeurs autour d’une vie qu’on voudrait privée, une fois braqués dessus les projecteurs indiscrets.
« Même s’il s’en sort, réalisa-t-il, avec la publicité des media, sa vie est ruinée. Chaque fois qu’on parlera de moi on déterrera son affaire... »
(Et celle du type qui est mort, alors ? Elle est pas ruinée aussi peut-être ?)

*

Dave ne savait plus quoi faire. L’affaire de Howard lui prenait toute son énergie. Il n’avait personne pour l’aider, lui. Il fallait qu’il fasse tout lui-même, qu’il soit le grand frère responsable, raisonnable. Comme depuis toujours ou presque.
Il se retrouva à sonner à la porte du pensionnat. Un visage familier lui ouvrit, mais il lui fallut deux bonnes secondes pour retrouver le nom qui allait derrière.
« Sœur Agnes. Je m’excuse de passer comme ça à l’improviste. Je me suis dit en cours de route que peut-être, j’aurais dû téléphoner avant, mais je n’ai pas voulu faire demi-tour en chemin. »
La sœur se fendit d’un large sourire. Elle aussi le reconnaissait, et n’avait pas tant de mal à retrouver son nom.
« Dave McKenzie, qu’est-ce qui vous ramène ici toutes ces années après ? Vous n’êtes pas venu adopter un garçon, j’imagine !
- J’avais oublié votre sens de l’humour. Non, j’aimerais parler à Sœur Angela, s’il vous plaît.
- Elle donne un cours en ce moment, mais elle sera libre d’ici une vingtaine de minutes. Voulez-vous patienter au salon des visites ? Je lui ferai dire que vous l’attendez dès qu’elle sera libre. À moins que vous préfériez passer directement dans son bureau ? suggéra-t-elle.
- Et renouer avec les angoisses des élèves indisciplinés qui attendaient leur punition dans le couloir…
- Allons, même si vous avez eu votre compte à l’époque, vous avez passé l’âge depuis longtemps. Vous n’avez pas envie de faire un tour dans le parc et vous remémorer le bon vieux temps ? »
Dave préféra décliner la proposition.
« Je vous remercie, je crois que je préfère passer là-dessus. Après avoir parlé avec elle, peut-être. »

L’établissement passait pour un pensionnat huppé, pourtant la plupart des élèves ici n’avaient plus de parents. Certains étaient en pension parce que leurs parents ne pouvaient plus les élever, la plupart étaient orphelins, beaucoup avaient encore des parents éloignés qui ne pouvaient pas les prendre à charge eux-mêmes. Et un certain nombre, comme les frères McKenzie autrefois, n’avaient plus personne du tout.
Une hiérarchie officieuse s’établissait chaque année entre les garçons, en fonction de leurs situations personnelles. Les Sœurs essayaient en pure perte de décourager de telles rivalités, leur expliquant qu’ils étaient tous camarades, tous égaux… tu parles.

La plupart de nos anciens élèves nous oublient complètement une fois qu’ils nous quittent. Deux fois, dans toute ma carrière, j’en ai vu revenir. Un qui cherchait un poste de professeur, l’autre qui se proposait d’adopter un enfant.
« J’ai entendu parler de toi par les journaux, Dave. Il paraît que tu es une étoile montante dans le monde du sport ?
- En quelque sorte. Vous avez aussi dû entendre parler de mon frère…
- Hélas. Pauvre petit. C’est cela qui te tourmente aujourd’hui, n’est-ce pas ?
- Sœur Angela, qu’est-ce que je n’ai pas su voir ou faire avec lui ? Comment ai-je pu laisser ça arriver ? »
Sœur Angela soupira profondément et secoua la tête.
« Mon pauvre garçon, il n’y a sans doute rien que tu aies pu dire ou faire. Ça n’est pas à toi d’élever ton frère, de prendre la responsabilité de tout ce qu’il a pu lui-même faire ou pas faire.
- C’est mon frère, mon petit frère…
- Et tu as pris soin de lui toutes ces années en tant que grand frère. Mais ta responsabilité s’arrête là. Tu n’avais pas et n’auras jamais à assumer le rôle d’un père. C’est à nous de nous demander comment nous l’avons éduqué, pas à toi.
- J’ai tellement peur pour lui. J’ai… tellement peur de lui, de ce dont je me rends compte que je ne connais même pas de lui ! Mon propre frère… tout ce que je ne comprends pas de lui. »
Chose qu’elle n’avait jamais faite toutes ces années quand ils étaient ses élèves, elle alla plus loin que poser une main bienveillante sur son épaule et lui passa carrément le bras autour, cherchant à le réconforter.
« Ce n’est pas à toi que je vais apprendre que parfois, la vie dérape hors de notre contrôle et qu’une famille, hélas, ça peut se défaire. Je regrette que la vie s’acharne encore sur vous deux, après ce que vous avez déjà subi. Mais n’oublie pas que tant qu’il est en vie, les choses peuvent toujours s’arranger. »

*

Le Saint-Père se donnait un droit de regard sur ses victoires, ses défaites, et tout le reste. Il lui était redevable pour sa carrière et l’aide à côté.
« Tou as fait du bon travail. Ma les journalistes, ils en font un drôle. Pas un mot sur ton match, pourtant il était beau.
Maintenant que tu es qualifié, si tu remportes ces régionales, pour te remercier je verrai ce que je peux faire pour ton frère. »


Il tint parole et arrangea les choses pour faire interner Howard en hôpital psychiatrique où on promettait de le soigner et pas juste de le parquer en cellule. Décida-t-il que son rôle s’arrêtait là et n’en fit-il pas plus exprès, n’avait-il plus assez d’influence pour hâter sa libération qu’il l’ait voulu ou non, ou s’arrangea-t-il délibérément pour que cet élément indésirable reste bouclé le plus longtemps possible, parce que son type de folie ne lui était pas tolérable ? Dave ne le sut jamais. Dave préféra ne pas chercher à le savoir.

Il ne sut en définitive jamais si le Saint-Père avait acheté l’avocat de la partie civile ou le juge ou fait pression sur les enquêteurs ou les jurés ou rien du tout. Le fait est, qu’il obtint ce qu’il espérait : à défaut qu’on prouve que tout ça était une terrible méprise, une mise en scène mal interprétée, un tragique accident et qu’on puisse innocenter Howard : il fut reconnu maladivement déconnecté de la réalité et pénalement irresponsable, et placé en institution avec obligation de se soigner.
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